En bref
- Une douleur pelvienne est dite chronique au-delà de six mois (trois selon certaines définitions) ; elle est bien réelle, même quand les examens sont normaux.
- Muscles, nerfs, organes et retentissement psychologique s'entremêlent souvent : ces douleurs se prennent en charge à plusieurs.
- Des techniques exclusivement manuelles et externes : aucun geste vaginal ou rectal, interdit aux ostéopathes en France.
- Titulaire du DU de Lyon 1 consacré au diagnostic et à la prise en charge pluridisciplinaire des douleurs pelvi-périnéales chroniques.
Motifs de consultation fréquents
- Douleurs du bas-ventre qui durent depuis des mois
- Endométriose connue, avec des douleurs de dos ou de bassin
- Brûlures ou douleur du périnée, pires en position assise
- Vessie douloureuse, envies fréquentes d'uriner sans infection
- Douleurs pendant ou après les rapports
- Douleur au coccyx après une chute ou un accouchement
- Prostatite chronique sans infection retrouvée
- Douleurs du bassin qui persistent après l'accouchement
Une douleur du bassin qui dure épuise, d’autant plus quand les examens reviennent « normaux ». Elle est pourtant bien réelle, et souvent faite de plusieurs composantes : un organe, des muscles, un nerf, un système nerveux devenu plus sensible. Je reçois femmes et hommes à La Garde, à deux pas de Toulon, pour la part musculaire, articulaire et fasciale de ces douleurs, aux côtés des autres soignants qui vous accompagnent.
Douleurs pelviennes chroniques : de quoi parle-t-on ?
Une douleur pelvienne est qualifiée de chronique lorsqu’elle persiste depuis six mois ou plus (trois mois selon certaines définitions). Le bassin réunit dans un espace restreint la vessie, le rectum, l’utérus et les ovaires chez la femme, la prostate chez l’homme, les muscles du plancher pelvien (le hamac musculaire qui ferme le bas du bassin), des articulations (sacro-iliaques, symphyse pubienne, articulation sacro-coccygienne) et des nerfs, dont le nerf pudendal, principal nerf de la sensibilité du périnée.
Les recommandations européennes sur la douleur pelvienne chronique invitent à prendre en compte quatre composantes : musculaire, nerveuse, viscérale et psychologique. Elles se combinent souvent : une vessie irritée peut s’accompagner d’une contraction réflexe du plancher pelvien, qui peut à son tour rendre la position assise ou les rapports douloureux.
Quand la douleur dure, le système nerveux central finit parfois par s’emballer : c’est la sensibilisation centrale. Comme une alarme dont on aurait poussé le volume, il amplifie des signaux banals (une vessie qui se remplit, une position assise prolongée) et la douleur peut persister alors que sa cause initiale a été traitée. Ce mécanisme, détaillé dans la sensibilisation centrale expliquée, explique en partie pourquoi un traitement purement local suffit rarement. Voir aussi les causes et le parcours de soins.
Endométriose, nerf pudendal, vessie, coccyx : les situations concernées
Les médecins orientent vers l’ostéopathe quand ces douleurs comportent des troubles fonctionnels ; voici, situation par situation, où l’ostéopathie peut trouver une place, et où elle s’arrête :
- Endométriose : un tissu qui ressemble à l’endomètre (le revêtement intérieur de l’utérus) forme des lésions hors de l’utérus. L’ostéopathie, sans agir sur ces lésions, peut accompagner les douleurs du dos, du bassin et de la paroi abdominale associées (voir endométriose et ostéopathie).
- Névralgie pudendale : une douleur dans la zone innervée par le nerf pudendal, entre l’anus et le clitoris ou le pénis, typiquement plus forte en position assise, sans réveiller la nuit. Le nerf passe entre deux ligaments du bassin, sacro-épineux et sacro-tubéral, puis dans le canal d’Alcock, le long du muscle obturateur interne ; son diagnostic repose sur des critères précis, dits de Nantes (voir la névralgie pudendale).
- Syndrome douloureux vésical (ou cystite interstitielle) : une douleur ou une pression de la vessie qui augmente quand elle se remplit, avec des envies fréquentes d’uriner, sans infection (voir le syndrome douloureux vésical).
- Douleurs pendant les rapports (dyspareunie) : leurs causes sont multiples, de la sécheresse à l’endométriose en passant par un plancher pelvien crispé (voir la dyspareunie).
- Douleur du coccyx, souvent après une chute ou un accouchement, aggravée quand on reste assis et quand on se relève (voir la coccygodynie).
- Chez l’homme, le syndrome douloureux pelvien chronique, souvent appelé prostatite chronique : douleurs du périnée, des testicules, du pénis ou du bas-ventre, parfois à l’éjaculation, sans infection retrouvée (voir les douleurs pelviennes de l’homme).
- Après l’accouchement : douleurs du bassin, du pubis ou de la cicatrice de césarienne, abordées sur la page grossesse et post-partum.
Comment je travaille avec les douleurs pelviennes chroniques
La première consultation commence par l’écoute : où se situe la douleur, depuis quand, ce qui l’aggrave (position assise, règles, vessie pleine, rapports, selles), ce qui la soulage, ce que vous avez déjà tenté. Je prends connaissance des examens déjà réalisés, s’il y en a, et je reste attentif aux signaux d’alerte décrits plus bas.
L’examen est exclusivement externe : je vous explique chaque geste et je vous demande votre accord avant de le faire. Je ne pratique jamais de toucher vaginal ni rectal, que la réglementation de l’ostéopathie interdit. J’examine le bassin (sacro-iliaques, symphyse pubienne), le sacrum et le coccyx par voie externe, les hanches, les muscles des fesses et de l’intérieur des cuisses, la paroi abdominale et ses cicatrices, le diaphragme et le dos. À travers la paroi du bas-ventre, j’évalue aussi la souplesse et la sensibilité de la région de la vessie et, chez la femme, de l’utérus.
Les techniques sont douces et réglées sur votre sensibilité du jour : relâchement des muscles et des fascias du bassin et des hanches, mobilisations du sacrum et du coccyx, travail de la paroi abdominale et des cicatrices, puis du diaphragme, qui fonctionne en tandem avec le plancher pelvien à chaque respiration. Je vous donne des repères pour le quotidien : respiration abdominale lente, alternance des positions, aménagement de l’assise, activité physique adaptée. Quand le plancher pelvien est tendu, l’objectif est d’abord d’apprendre à le relâcher plutôt qu’à le renforcer.
Une rééducation du périnée, quand elle est utile, se fait avec un kinésithérapeute ou une sage-femme ; si vous en êtes d’accord, je leur transmets mes observations. Un sexologue ou un psychologue peuvent compléter le parcours. Je réévalue l’évolution à chaque séance et vous dis franchement si l’ostéopathie ne vous apporte rien.
Cette pratique s’appuie sur le DU « Diagnostic et prise en charge pluridisciplinaire des douleurs pelvi-périnéales chroniques » de l’Université Claude Bernard Lyon 1. Son programme couvre notamment la neurophysiologie de la douleur chronique, l’endométriose et la névralgie pudendale. En 2025, j’y ai ajouté la formation de BOTO Formation consacrée à l’ostéopathie viscérale génito-urinaire et pelvienne. Voir aussi ce que la loi autorise en ostéopathie pelvienne.
Ce que disent les études et les recommandations
Les recommandations européennes déjà citées préconisent une prise en charge centrée sur le patient et pluridisciplinaire.
Du côté des thérapies manuelles, un essai de 2012, randomisé et mené dans plusieurs centres, a évalué la kinésithérapie myofasciale chez des femmes souffrant d’un syndrome douloureux vésical dont le plancher pelvien était sensible : elle a conduit plus souvent qu’un massage global à une amélioration d’ensemble. Ce traitement, mené par des kinésithérapeutes, comprenait un travail interne : en France, ce geste appartient aux kinésithérapeutes et aux sages-femmes, jamais aux ostéopathes.
Pour l’ostéopathie elle-même, les données restent préliminaires. En 2015, une étude pilote menée chez 20 femmes atteintes d’endométriose profonde touchant l’intestin a relevé une meilleure qualité de vie, mesurée par questionnaire, à l’issue de la prise en charge ; sans groupe témoin, ce progrès ne peut pas être attribué aux séances elles-mêmes. Je la présente donc comme un complément possible, au sein d’un parcours décrit dans le travail à plusieurs autour de ces douleurs.
Signaux d’alerte
Une douleur pelvienne, même ancienne, qui change de nature ou s’accompagne de l’un de ces signes demande un avis médical rapide :
- fièvre, brûlures urinaires, sang dans les urines, difficulté à uriner, pertes vaginales ou écoulement par la verge inhabituels ;
- saignements anormaux (entre les règles, après les rapports, après la ménopause), sang dans les selles, amaigrissement inexpliqué, gonflement ou masse du bas-ventre, de l’aine ou d’un testicule ;
- règles de plus en plus douloureuses, qui vous empêchent de travailler ou de dormir ;
- douleur qui vous réveille la nuit, ce que ne fait pas, en principe, une névralgie pudendale ;
- douleur brutale et très vive dans le bas-ventre, d’autant plus si vous pourriez être enceinte ou si vous vous sentez mal, forte fièvre avec frissons, impossibilité d’uriner ou douleur brutale d’un testicule : appelez sans délai le 15 ou le 112 ;
- perte de sensibilité du périnée, troubles urinaires ou anaux soudains, faiblesse des jambes : chacun, à lui seul, impose d’appeler le 15 ou le 112, car il peut traduire une compression des racines nerveuses dans le bas du dos (syndrome de la queue de cheval).
Questions fréquentes
Y a-t-il un examen intime pendant la séance ?
Non. Je ne pratique aucun geste interne, ni vaginal ni rectal. Je travaille sur le ventre, le bassin, les hanches et le dos, en sous-vêtements ou dans une tenue souple. Vous pouvez venir avec une personne de confiance.
Que faut-il apporter à la première séance ?
Rien d’obligatoire. La liste des soins et traitements déjà essayés m’est utile, ainsi qu’un carnet de la douleur si vous en tenez un : intensité, moments de la journée, lien avec le cycle, la vessie ou les rapports. Prévoyez une tenue souple.
L’ostéopathie peut-elle traiter l’endométriose ?
Non. L’endométriose est une maladie chronique, dont les lésions relèvent d’autres traitements. L’ostéopathie peut seulement accompagner, en complément, des douleurs musculaires et articulaires associées, sans agir sur les lésions.
Les hommes peuvent-ils consulter pour des douleurs pelviennes ?
Oui, ces douleurs touchent aussi les hommes. La démarche est la même : écoute, examen externe, puis travail sur le bassin, les hanches et la paroi du ventre, sans aucun geste interne.
Puis-je venir pendant mes règles ou pendant une poussée ?
Oui, si la douleur ressemble à celle que vous connaissez : j’adapte les techniques, souvent à distance de la zone la plus sensible. Une douleur inhabituelle ou de la fièvre font partie des signaux d’alerte décrits plus haut.
Sources
- Université Claude Bernard Lyon 1. DU « Diagnostic et prise en charge pluridisciplinaire des douleurs pelvi-périnéales chroniques », programme. Consulter
- European Association of Urology. Guidelines on Chronic Pelvic Pain (mises à jour régulières).
- FitzGerald MP, Payne CK, Lukacz ES, et al. Randomized multicenter clinical trial of myofascial physical therapy in women with interstitial cystitis/painful bladder syndrome and pelvic floor tenderness. J Urol. 2012;187(6):2113-2118.
- Daraï C, Deboute O, Zacharopoulou C, et al. Impact of osteopathic manipulative therapy on quality of life of patients with deep infiltrating endometriosis with colorectal involvement: results of a pilot study. Eur J Obstet Gynecol Reprod Biol. 2015;188:70-73. Consulter
