En bref
- L'endométriose est une maladie : un tissu proche de la muqueuse utérine se développe hors de l'utérus.
- L'ostéopathie ne traite pas les lésions ; elle peut viser les tensions musculaires et le confort au quotidien.
- Les données sont limitées : une petite étude pilote de 20 patientes, sans groupe de comparaison.
- Les techniques sont externes et douces, et ne remplacent aucun traitement en cours.
L’ostéopathie ne traite pas l’endométriose. C’est une maladie organique, c’est-à-dire liée à des lésions ; les recommandations françaises de 2017 (HAS et CNGOF) fixent le cadre de son diagnostic et de son traitement. L’ostéopathie peut s’envisager pour le confort et pour les douleurs musculaires ou articulaires qui accompagnent souvent la maladie : bas du dos, bassin, paroi abdominale. Les données scientifiques sur ce point restent très limitées.
L’endométriose en quelques mots
L’endomètre est la muqueuse qui tapisse l’intérieur de l’utérus et se renouvelle à chaque cycle. Dans l’endométriose, un tissu qui lui ressemble se développe en dehors de l’utérus et réagit, lui aussi, aux hormones du cycle.
Ces lésions peuvent siéger :
- sur le péritoine, la fine membrane qui tapisse le ventre et recouvre les organes du bassin ;
- sur les ovaires, sous forme de kystes appelés endométriomes ;
- en profondeur : ligaments utéro-sacrés (qui relient le col de l’utérus au sacrum), cloison entre le vagin et le rectum, vessie, intestin.
Elles entretiennent une inflammation locale et peuvent créer des adhérences, des accolements anormaux entre organes. Une forme voisine, l’adénomyose, correspond à la présence de ce tissu dans le muscle même de l’utérus.
L’intensité de la douleur n’est pas proportionnelle à l’étendue des lésions : de petites lésions peuvent faire très mal, et des lésions étendues rester discrètes.
Les douleurs qui doivent faire penser à l’endométriose
Les signes les plus évocateurs :
- des règles très douloureuses, mal soulagées par les antalgiques habituels ou qui font manquer l’école ou le travail ;
- une douleur ressentie au fond du ventre lors des rapports (dyspareunie profonde) ;
- des douleurs pour aller à la selle ou pour uriner pendant les règles ;
- des douleurs pelviennes en dehors des règles, parfois permanentes ;
- des difficultés à concevoir, qui conduisent parfois au diagnostic.
Le diagnostic reste souvent tardif, parce que ces douleurs ont longtemps été jugées « normales ». Elles ne le sont pas : des règles qui empêchent de vivre normalement méritent d’être explorées.
Diagnostic et traitement : les grandes lignes
Le diagnostic s’appuie sur l’interrogatoire et l’examen clinique, puis sur l’imagerie : échographie pelvienne, souvent par voie endovaginale, et IRM pelvienne. La cœlioscopie (exploration du ventre par une petite caméra) n’est plus systématique pour poser le diagnostic. À l’inverse, une imagerie normale n’exclut pas une endométriose superficielle lorsque les symptômes sont évocateurs.
Le traitement se décide avec la patiente, selon ses symptômes, l’étendue des lésions et un éventuel projet de grossesse. Il peut être hormonal, antalgique ou chirurgical ; les situations complexes sont discutées en réunion de concertation pluridisciplinaire, et des filières régionales consacrées à l’endométriose aident à organiser ce parcours.
Aucune approche complémentaire, ostéopathie comprise, ne remplace ces traitements ni ne justifie de retarder un examen.
Pourquoi les muscles et les articulations s’en mêlent
La douleur répétée pousse le corps à se protéger. Le plancher pelvien peut se contracter par réflexe, la respiration se cantonner au haut du thorax, la posture se modifier pour éviter certains mouvements.
Les ligaments utéro-sacrés s’attachent en arrière sur le sacrum : quand ils sont atteints, la douleur peut être ressentie dans le bas du dos. Le psoas, muscle profond qui relie la colonne lombaire au haut du fémur, et les muscles de la paroi abdominale peuvent aussi rester tendus.
Au fil des années, les circuits de la douleur eux-mêmes peuvent devenir hyperréactifs : c’est la sensibilisation centrale. Une part de la douleur peut alors persister même lorsque les lésions sont contrôlées. C’est sur ces composantes musculaires et fonctionnelles qu’une approche manuelle peut se discuter.
Signaux d’alerte
Les changements suivants demandent un avis médical rapide :
- règles de plus en plus douloureuses d’un cycle à l’autre, ou douleurs qui débordent largement les règles ;
- sang dans les urines ou dans les selles, en particulier s’il revient au moment des règles, ou douleur à la défécation ou en urinant de plus en plus marquée ;
- douleur de type sciatique, à l’arrière de la jambe, qui revient à chaque cycle, ou boule douloureuse sur une cicatrice, de césarienne notamment, plus sensible pendant les règles ;
- traitement qui ne soulage plus ou qui est mal toléré, sans l’interrompre de vous-même ;
- douleur très violente et soudaine dans le bas du ventre, en particulier avec fièvre élevée, malaise ou vomissements à répétition, ou arrêt complet des gaz et des selles (une occlusion est possible lorsque l’intestin est atteint) : appelez le 15 ou le 112 ;
- douleur pelvienne alors qu’une grossesse est possible, même incertaine : elle doit être examinée le jour même.
Ce que l’ostéopathie peut apporter, et ses limites
La loi cantonne l’ostéopathe aux troubles fonctionnels : une maladie organique comme l’endométriose sort de son champ. Il ne fait pas disparaître les lésions et ne promet rien sur les adhérences ni sur la fertilité. Il peut en revanche contribuer à soulager les tensions musculaires et articulaires associées : bas du dos, bassin, sacrum, paroi abdominale, diaphragme. C’est pour ces troubles fonctionnels associés, et non pour la maladie, que les médecins orientent vers l’ostéopathe.
Les travaux restent rares. Une étude pilote publiée en 2015 a suivi 20 patientes atteintes d’endométriose profonde touchant le côlon ou le rectum : leurs scores de qualité de vie se sont améliorés après des séances d’ostéopathie. Ce résultat encourageant demande à être confirmé : sans groupe de comparaison, l’étude ne permet pas de distinguer la part de l’ostéopathie de celle de l’évolution naturelle, des autres traitements ou de l’attention reçue.
Les techniques sont externes et douces : la loi exclut pour l’ostéopathe tout geste interne, vaginal ou rectal. L’endométriose figure d’ailleurs au programme du DU de Lyon 1 sur les douleurs pelvi-périnéales chroniques, dont je suis titulaire et qui insiste sur la prise en charge pluridisciplinaire. La page douleurs pelviennes chroniques décrit cette organisation en équipe.
Au cabinet, à Toulon – La Garde
Je vous demande ce que vous savez de votre endométriose : localisation des lésions, éventuelle chirurgie, traitement en cours. Je ne modifie jamais un traitement et ne donne pas d’avis sur une indication opératoire : ces décisions ne relèvent pas de l’ostéopathie.
L’examen porte sur la mobilité du sacrum et des sacro-iliaques, la région lombaire, le psoas, la paroi abdominale et les cicatrices de cœlioscopie, le diaphragme. Les gestes s’adaptent à la sensibilité du jour, et le moment de la séance dans le cycle se choisit avec vous. Pour les jours de crise, je peux vous montrer des positions de détente du bassin, à associer à votre traitement habituel. Une fois la cicatrisation acquise, je vous apprends aussi à mobiliser doucement la peau autour des cicatrices de cœlioscopie. Pour situer l’ostéopathie parmi les autres approches : l’approche ostéopathique des douleurs pelviennes chez la femme.
Questions fréquentes
L’ostéopathie peut-elle faire disparaître l’endométriose ?
Non. Les lésions relèvent d’un traitement hormonal ou chirurgical. L’ostéopathie peut seulement viser le confort et les tensions musculaires qui accompagnent la maladie.
L’ostéopathie peut-elle remplacer mon traitement hormonal ?
Non. Elle ne s’y substitue jamais et ne justifie ni de l’arrêter ni de le modifier. Elle peut s’y ajouter, pour le confort et les tensions associées.
Peut-on consulter un ostéopathe après une chirurgie de l’endométriose ?
Oui, une fois la cicatrisation acquise ; le délai dépend de l’intervention et des suites opératoires. La séance tient compte des cicatrices et de la sensibilité du ventre.
L’ostéopathie améliore-t-elle la fertilité en cas d’endométriose ?
Les études ne permettent pas de le promettre, et la fertilité ne fait pas partie des objectifs d’une séance. Un projet de grossesse s’inscrit dans le parcours de soins de l’endométriose, parfois avec une aide à la procréation.
Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.
Sources
- HAS, CNGOF. Prise en charge de l'endométriose. Recommandations de bonne pratique, 2017.
- Daraï C, Deboute O, Zacharopoulou C, et al. Impact of osteopathic manipulative therapy on quality of life of patients with deep infiltrating endometriosis with colorectal involvement: results of a pilot study. Eur J Obstet Gynecol Reprod Biol. 2015;188:70-73. Consulter
- Université Claude Bernard Lyon 1. DU « Diagnostic et prise en charge pluridisciplinaire des douleurs pelvi-périnéales chroniques », programme. Consulter