En bref
- Un accompagnement possible des douleurs du dos, du bassin ou des côtes et des troubles digestifs de la grossesse, par des gestes doux adaptés au terme.
- Les études, encore peu nombreuses, vont plutôt dans le sens d'un bénéfice sur la lombalgie de grossesse (preuve modérée) et restent à confirmer.
- Aucune manipulation gynéco-obstétricale : rien sur la position du bébé, le déclenchement ou la durée du travail.
- Après l'accouchement : dos, bassin, cicatrice de césarienne ; le périnée se rééduque auprès d'une sage-femme ou d'un kinésithérapeute.
Motifs de consultation fréquents
- Mal de dos pendant la grossesse
- Douleur au pubis ou à l'arrière du bassin en marchant
- Douleur qui descend dans la fesse ou l'arrière de la cuisse
- Reflux, constipation ou ballonnements de grossesse
- Souffle court, douleur entre les côtes
- Fourmillements dans les doigts la nuit
- Cicatrice de césarienne qui tire
- Dos ou bassin douloureux après l'accouchement
- Ventre qui reste distendu après la grossesse
En quelques mois, la grossesse transforme le corps, et ces adaptations normales s’accompagnent souvent de douleurs du dos ou du bassin, d’une digestion plus lente ou d’un souffle plus court. Je vous reçois pour ces inconforts à La Garde, aux portes de Toulon, pendant la grossesse puis après la naissance. Pour ces troubles fonctionnels, les médecins orientent vers l’ostéopathe. Le suivi de la grossesse, la surveillance du bébé et l’accouchement restent l’affaire de la sage-femme et de la maternité.
Pourquoi le dos, le bassin et la digestion sont mis à l’épreuve
Sous l’effet des hormones, les ligaments du bassin s’assouplissent, ce qui sollicite davantage les articulations sacro-iliaques, à l’arrière, et la symphyse pubienne, à l’avant. Le poids du ventre avance le centre de gravité et accentue la cambrure.
L’utérus repousse l’intestin et l’estomac vers le haut ; le diaphragme remonte et les côtes basses s’évasent. La progestérone ralentit le transit et relâche le sphincter situé entre l’œsophage et l’estomac. Enfin, la rétention d’eau peut comprimer le nerf médian dans le canal carpien, au poignet.
D’où ces motifs fréquents :
- Le mal de dos, surtout en bas du dos : voir le mal de dos au fil des trimestres.
- Les douleurs de la ceinture pelvienne, à l’arrière du bassin ou au pubis, réveillées par la marche, les escaliers, les retournements dans le lit ou l’appui sur une jambe pour s’habiller : voir les douleurs du bassin et du pubis.
- La « sciatique » de la grossesse : une douleur de la fesse et de l’arrière de la cuisse vient souvent du bassin plutôt que du nerf sciatique ; une vraie sciatique, due à l’irritation d’une racine nerveuse, descend sous le genou avec fourmillements ou faiblesse : voir vraie sciatique ou douleur pelvienne.
- Le reflux, la constipation et les ballonnements, pour lesquels je m’intéresse surtout au diaphragme, aux côtes et au dos, sans appui sur l’utérus : voir l’approche viscérale de ces troubles.
- Les côtes et la respiration : douleurs entre les côtes ou dans le haut du dos, sensation de manquer de place au troisième trimestre. Exception : une douleur intense « en barre » dans le haut du ventre, ou sous les côtes à droite, se signale sans attendre à la maternité.
- Les fourmillements des mains, souvent liés à un syndrome du canal carpien, la compression d’un nerf au poignet : voir le canal carpien pendant la grossesse.
Comment je travaille avec les femmes enceintes
Chaque séance commence par un point sur le terme, le déroulement de la grossesse, les derniers examens et vos symptômes. Je vérifie l’absence de signal d’alerte ; au moindre doute, la maternité ou votre sage-femme passent avant la séance (voir les précautions à connaître pour consulter enceinte).
Les positions sont choisies pour votre confort : sur le côté avec des coussins, assise ou semi-assise. Dans la seconde moitié de la grossesse, j’évite de vous laisser longtemps à plat sur le dos, car l’utérus peut alors comprimer la veine cave inférieure, qui ramène au cœur le sang du bas du corps, et faire chuter la tension.
J’examine le dos, le bassin et les hanches par des tests cliniques simples, décrits dans les recommandations européennes citées plus bas. Les techniques sont douces et adaptées au terme : mobilisations du bassin et des sacro-iliaques, relâchement des muscles du dos et des fessiers, travail des côtes et du diaphragme pour le confort respiratoire, détente des épaules et des avant-bras en cas de fourmillements. Je ne pratique aucune manipulation gynéco-obstétricale : je ne travaille pas sur l’utérus et aucun geste n’est interne.
Je termine par des conseils adaptés : dormir sur le côté avec un coussin entre les genoux, se retourner dans le lit les genoux serrés, éviter de porter lourd, garder une activité physique douce validée par votre sage-femme. Je réévalue à chaque séance : le corps change avec le terme.
J’ai suivi en 2020 le symposium de périnatalité de l’École Supérieure d’Ostéopathie (ESO Paris), établissement où j’ai enseigné sept ans la pratique ostéopathique et la clinique : voir parcours et formations. L’ostéopathie ne remplace pas la préparation à la naissance menée par la sage-femme : voir ce qu’elle peut, ou non, apporter avant l’accouchement.
Après l’accouchement
Après la naissance, le post-partum sollicite à nouveau le corps : le bassin retrouve progressivement sa stabilité, la paroi abdominale se resserre, et les gestes répétés (porter, allaiter, se pencher sur la table à langer) chargent le dos, la nuque et les poignets : voir l’ostéopathie en post-partum.
- La cicatrice de césarienne : une fois la cicatrisation acquise, sans signe d’infection, je travaille la souplesse de la cicatrice et des tissus de la paroi abdominale, qui peuvent tirailler : voir la cicatrice de césarienne.
- Le périnée : douleurs, fuites urinaires, sensation de pesanteur ou gêne pendant les rapports méritent d’être signalés lors de vos consultations de suivi. La rééducation périnéale est proposée selon les symptômes, et non de façon systématique ; c’est une sage-femme ou un kinésithérapeute qui la mène, et je travaille en complément sur le bassin et le coccyx : voir le périnée douloureux après la naissance.
- Le diastasis des grands droits, l’écartement des deux muscles verticaux de l’abdomen : sa rééducation revient elle aussi à ces deux professionnels ; je m’intéresse à la posture, au dos et à la respiration qui l’accompagnent : voir le diastasis des grands droits.
Une douleur du bassin qui persiste des mois après la naissance entre dans le cadre des douleurs pelviennes chroniques.
Ce que disent les études
Une méta-analyse de 2017 (une synthèse statistique de plusieurs essais) rapporte, avec un niveau de preuve modéré, une diminution de la douleur et une amélioration de la fonction chez la femme enceinte souffrant de lombalgie. Les données sont plus limitées après l’accouchement.
Un essai publié en 2010 va dans le même sens : au troisième trimestre, la fonction du dos s’est moins dégradée avec l’ostéopathie en complément des soins habituels qu’avec ces seuls soins. Ces études, encore peu nombreuses, appellent des travaux plus larges pour confirmer leurs résultats. Évaluer une thérapie manuelle reste par ailleurs délicat : le praticien sait ce qu’il fait, et un geste « simulé », pris comme comparaison, comporte lui aussi un toucher et une attention.
De leur côté, les lignes directrices européennes relatives à la ceinture pelvienne recommandent une prise en charge individualisée, fondée sur l’information et des exercices adaptés. J’en retiens que l’ostéopathie peut accompagner le confort pendant la grossesse, sans promesse de résultat, en plus de l’activité physique et des conseils de votre sage-femme.
Signaux d’alerte pendant la grossesse et après l’accouchement
Pendant la grossesse comme après la naissance, les situations suivantes demandent un avis médical rapide :
- saignements, perte de liquide, contractions régulières ou douloureuses avant terme, bébé qui bouge moins que d’habitude : rendez-vous directement à la maternité ;
- visage ou mains qui gonflent brusquement, maux de tête violents, vision trouble ou points lumineux devant les yeux, douleur vive en haut du ventre, juste sous le sternum ou à droite sous les côtes : signes possibles d’une pré-éclampsie, une complication liée à l’hypertension artérielle, qui peut aussi survenir après l’accouchement ; rendez-vous directement à la maternité ;
- fièvre, surtout avec des brûlures urinaires ou une douleur du flanc ; démangeaisons intenses des paumes et des plantes de pieds ;
- faiblesse d’une jambe ou perte de sensibilité du périnée : chacun de ces signes, à lui seul, impose d’appeler le 15 ou le 112 ;
- douleur, chaleur ou gonflement d’un mollet, essoufflement inhabituel ; une douleur thoracique, une difficulté brutale à respirer ou un malaise imposent d’appeler le 15 ou le 112 ;
- après l’accouchement, saignements qui augmentent, cicatrice rouge, chaude ou suintante, tristesse ou anxiété qui s’installent au-delà des deux premières semaines ; un saignement abondant impose d’appeler le 15 ou le 112.
Questions fréquentes
À quel moment de la grossesse peut-on consulter un ostéopathe ?
À tout moment, dès lors que la grossesse se déroule sans complication et qu’aucun signal d’alerte n’est présent. Il n’existe pas de séance « obligatoire » : on consulte quand une douleur ou un inconfort apparaît.
L’ostéopathie peut-elle retourner un bébé en siège ou faciliter l’accouchement ?
Non. Je ne pratique aucune manipulation obstétricale, et je ne promets rien sur la position du bébé, le déclenchement ou la durée du travail. Ces questions relèvent de votre sage-femme et de l’équipe de la maternité.
Une séance peut-elle être dangereuse pour le bébé ?
Les précautions sont là pour l’éviter : gestes doux et adaptés au terme, aucun appui sur l’utérus. Avant chaque séance, je m’assure qu’aucun signe d’alerte n’est présent et je choisis avec vous une position confortable.
Combien de temps faut-il attendre après l’accouchement pour consulter ?
Pour un dos ou un bassin douloureux, dès les premières semaines, pour peu que les suites de couches soient simples. Sinon, l’examen postnatal, prévu dans les huit semaines suivant la naissance, est un bon repère. Après une césarienne, j’attends que la cicatrice soit bien fermée avant de la travailler directement.
L’ostéopathe examine-t-il le périnée ?
Jamais de l’intérieur : la loi interdit aux ostéopathes tout geste vaginal ou rectal, et je n’en pratique aucun. Je travaille par l’extérieur (bassin, coccyx, hanches, respiration), en complément de la rééducation que mène votre sage-femme ou votre kinésithérapeute.
Sources
- Franke H, Franke JD, Belz S, Fryer G. Osteopathic manipulative treatment for low back and pelvic girdle pain during and after pregnancy: a systematic review and meta-analysis. J Bodyw Mov Ther. 2017;21(4):752-762. Consulter
- Licciardone JC, Buchanan S, Hensel KL, et al. Osteopathic manipulative treatment of back pain and related symptoms during pregnancy: a randomized controlled trial. Am J Obstet Gynecol. 2010;202(1):43.e1-8.
- Vleeming A, Albert HB, Östgaard HC, Sturesson B, Stuge B. European guidelines for the diagnosis and treatment of pelvic girdle pain. Eur Spine J. 2008;17(6):794-819.
- CNGOF. Recommandations pour la pratique clinique : le post-partum, 2015.
