En bref
- Un organe peut projeter sa douleur vers le dos, l'épaule ou le bassin : un mécanisme établi, dont certains signes associés sont des signaux d'alerte.
- Les organes côtoient les muscles du tronc ou s'attachent au squelette : foie et diaphragme, côlon et psoas, rein et carré des lombes, utérus et sacrum.
- Le rôle de leurs attaches dans des douleurs musculaires ou articulaires reste une hypothèse de travail de l'ostéopathie, à vérifier par la recherche.
- J'examine à la fois la colonne, les muscles et le ventre, avec des techniques exclusivement manuelles et externes.
Motifs de consultation fréquents
- Mal de dos qui augmente après les repas
- Douleur lombaire qui varie avec le transit
- Tensions de l'épaule droite et des côtes basses
- Douleur entre les omoplates avec un reflux
- Bas du dos douloureux pendant les règles
- Douleur de l'aine sans cause articulaire retrouvée
- Lombalgie apparue après une chirurgie du ventre
- Dos tendu quand le ventre est gonflé
Une douleur du dos ne vient pas toujours du dos : les organes du ventre et du bassin partagent avec la colonne et les muscles du tronc des voies nerveuses et des attaches, si bien qu’un rein, une vésicule biliaire ou un utérus peuvent se faire sentir loin de leur place. Quand un organe est malade, certains signes doivent alerter : ils sont regroupés plus bas. Quand la douleur est fonctionnelle, une autre question se pose : les attaches des organes participent-elles à la tension du dos ? C’est dans ce second cas que l’ostéopathie peut trouver une place.
Les douleurs projetées : un mécanisme établi
Les organes ont peu de capteurs de la douleur, et leurs messages sont flous. Leurs fibres nerveuses arrivent dans la moelle épinière par les mêmes étages que celles de la peau et des muscles de certaines zones du tronc. Le cerveau peut alors se tromper d’adresse et situer la douleur dans le dos ou l’épaule : c’est la douleur projetée, un mécanisme établi en physiologie, qui ne relève pas d’un modèle ostéopathique.
Quelques exemples classiques :
- la vésicule biliaire et le foie : douleur sous les côtes droites, sous l’omoplate droite ou à l’épaule droite. Quand le diaphragme est irrité, le message passe par le nerf phrénique, issu en partie des mêmes racines cervicales que les nerfs sensitifs de l’épaule ;
- le rein et l’uretère : douleur du flanc et du bas du dos, qui peut descendre vers l’aine et les organes génitaux ;
- le pancréas : douleur du creux de l’estomac, en barre, qui traverse vers le dos ;
- le côlon, le rectum et l’utérus : douleur du bas du dos ou du sacrum ;
- le cœur et l’aorte : douleur de la poitrine, du bras gauche, de la mâchoire ou entre les omoplates.
C’est pourquoi une maladie d’organe peut se présenter comme un « mal de dos » ou une douleur d’épaule : les causes graves à connaître sont nommées dans la section des signaux d’alerte. Pour aller plus loin : l’épaule droite, le foie et la vésicule, le rein, le côlon et les lombaires et la douleur à l’aine.
Organes et squelette : les attaches qui intéressent l’ostéopathe
Les organes sont aussi reliés au squelette mécaniquement :
- le ligament coronaire du foie relie le foie au diaphragme, lui-même fixé aux côtes basses et, par deux piliers, aux premières vertèbres lombaires ;
- le fascia de Toldt accole les côlons droit et gauche à la paroi arrière de l’abdomen, en avant du rein, du carré des lombes, du muscle iliaque et de nerfs destinés à l’aine et à la cuisse ;
- la racine du mésentère, l’éventail qui suspend l’intestin grêle, croise la colonne lombaire en oblique, de la deuxième vertèbre lombaire jusqu’au voisinage de l’articulation sacro-iliaque droite ;
- le fascia rénal enveloppe le rein, qui repose sur le muscle psoas et sur le carré des lombes, et suit les mouvements du diaphragme à chaque respiration ;
- les ligaments utéro-sacrés amarrent le col de l’utérus au sacrum et sont longés par des nerfs du petit bassin.
Deux phénomènes sont établis : la douleur projetée, et la défense musculaire, la contraction réflexe des muscles voisins d’un organe irrité. Quand une douleur viscérale dure, le système nerveux peut aussi rendre plus sensibles les muscles de la zone de projection, par un mécanisme proche de la sensibilisation centrale.
Ce qui relève en revanche d’une hypothèse de travail, celle du modèle viscéral que Jean-Pierre Barral et Pierre Mercier ont formalisé, c’est l’idée que ces attaches, devenues moins souples après une chirurgie, une infection ou une grossesse, puissent entretenir une tension du dos alors que l’organe est sain. Cohérente avec l’anatomie, elle attend encore d’être vérifiée. Deux articles la développent : psoas, côlon et lombalgie et l’anatomie des attaches des organes.
Comment je travaille : évaluer à la fois le squelette et les viscères
Lors de la consultation à La Garde, l’entretien est déterminant. Une douleur d’origine mécanique varie avec les mouvements et les positions, et se calme au repos ; une douleur qui reste la même quoi que vous fassiez, qui vous tire du sommeil ou qui s’accompagne aussi de fièvre, de nausées ou d’une perte de poids fait partie des signaux d’alerte. Une douleur rythmée par les repas, le fait d’uriner ou le cycle menstruel oriente vers un organe. Je vous interroge aussi sur vos opérations du ventre, vos grossesses et votre transit.
L’examen comporte deux volets. Pour le squelette : mobilité de la colonne, des côtes, des sacro-iliaques et des hanches, palpation des muscles (psoas, carré des lombes, intercostaux) et, si la douleur irradie dans une jambe, un examen simple des nerfs (réflexes, force, sensibilité).
Pour les viscères : palpation externe de l’abdomen, de la région sous les côtes droites, du trajet du côlon, des flancs et du bas-ventre. J’y recherche une zone sensible ou tendue, et j’observe si son relâchement modifie la douleur ou la mobilité du dos. Ces tests orientent mon traitement ; ils ne permettent pas de dire si un organe est malade.
Les techniques suivent ce double examen : mobilisations du dos, des côtes et du bassin ; techniques myofasciales (qui visent à détendre muscles et fascias) pour le psoas, le carré des lombes et le diaphragme ; techniques viscérales douces à travers la paroi du ventre. Tout est exclusivement manuel et externe. Je vous donne ensuite des conseils concrets (activité physique, pauses en position assise prolongée, respiration lente) et je réévalue l’évolution d’une séance à l’autre. Si la douleur change de caractère, je reprends l’entretien et l’examen avant toute nouvelle séance.
Je m’appuie sur deux formations post-graduées de BOTO Formation, l’une en ostéopathie viscérale (2019), l’autre consacrée à son volet génito-urinaire et pelvien (2025) ; l’approche générale est présentée sur la page ostéopathie viscérale.
Ce que disent les études
Les douleurs projetées sont établies de longue date ; l’ostéopathie viscérale appliquée au dos, elle, a encore été peu étudiée, et les données manquent pour conclure. Là où elle l’a été le plus, dans la colopathie fonctionnelle, une revue de 2014 relevait des effets favorables, à confirmer par des essais plus nombreux et plus rigoureux. Je la propose donc comme un complément possible, centré sur la mobilité et le confort, jamais comme l’explication certaine d’une douleur. L’article mal de dos d’origine viscérale précise ce que l’on peut raisonnablement en attendre.
Signaux d’alerte
Les signes suivants, détaillés dans l’article sur les signaux d’alerte, région par région, demandent un avis médical rapide :
- crises douloureuses sous les côtes droites ou à l’épaule droite après les repas (colique hépatique, due à un calcul biliaire), ou du flanc vers l’aine, parfois avec du sang dans les urines (colique néphrétique, due à un calcul urinaire) ;
- douleur de dos insensible aux mouvements et aux positions, ou qui réveille la nuit, amaigrissement inexpliqué, fièvre, antécédent de cancer ;
- douleur dans la poitrine, le bras gauche, la mâchoire ou entre les omoplates avec essoufflement, sueurs ou malaise (infarctus), douleur brutale et déchirante du dos ou du ventre (anévrisme de l’aorte, dilatation de cette grosse artère) : appelez le 15 ou le 112 ;
- douleur violente au creux de l’estomac irradiant dans le dos avec vomissements (pancréatite, inflammation du pancréas), douleur sous les côtes droites avec fièvre ou jaunisse (cholécystite, inflammation de la vésicule), douleur lombaire avec forte fièvre et frissons (pyélonéphrite, infection du rein) : appelez le 15 ou le 112 ;
- douleur brutale du bas-ventre avec un retard de règles ou un malaise : appelez le 15 ou le 112 ;
- fourmillements ou perte de sensibilité du périnée, difficultés nouvelles pour vider la vessie ou contrôler les selles, faiblesse des jambes : un seul de ces signes, sans attendre qu’un autre s’y ajoute, impose d’appeler le 15 ou le 112.
Questions fréquentes
À quoi reconnaître une douleur de dos qui vient d’un organe ?
Plusieurs indices orientent vers un organe : une douleur qui ne change pas avec les mouvements, qui suit les repas, le fait d’uriner ou les règles, ou qu’accompagnent fièvre ou nausées. Aucun ne suffit seul, et ces signes rejoignent les signaux d’alerte ci-dessus.
Mon bilan est normal : l’ostéopathie peut-elle encore m’aider ?
Un bilan normal n’enlève rien à la réalité de la douleur ; il indique qu’aucune maladie de l’organe n’a été retrouvée. C’est le champ des troubles fonctionnels, ceux pour lesquels les médecins orientent vers l’ostéopathe. Je m’intéresse alors à la mobilité du dos, des côtes, du bassin et des attaches des organes, sans promesse de résultat.
L’ostéopathie peut-elle faire passer un calcul ou traiter la vésicule ?
Non. Un calcul biliaire ou rénal, une inflammation de la vésicule ou une infection du rein sont des maladies d’organe : l’ostéopathie n’agit pas sur elles et ne doit jamais retarder leur traitement.
Pourquoi ai-je mal au bas du dos pendant mes règles ?
C’est fréquent : l’utérus partage des voies nerveuses avec la région lombaire et le sacrum. Des règles qui vous font manquer le travail ou l’école, ou que les traitements habituels ne soulagent pas, ne sont pas à banaliser : elles peuvent faire penser à une endométriose (voir les règles douloureuses).
Sources
- Müller A, Franke H, Resch KL, Fryer G. Effectiveness of osteopathic manipulative therapy for managing symptoms of irritable bowel syndrome: a systematic review. J Am Osteopath Assoc. 2014;114(6):470-479. Consulter
- Woolf CJ. Central sensitization: implications for the diagnosis and treatment of pain. Pain. 2011;152(3 Suppl):S2-S15.
- Barral JP, Mercier P. Manipulations viscérales. Elsevier Masson.
