En bref
- Les causes liées aux organes s'explorent en premier : endométriose, infection, kyste ou fibrome.
- Muscles du plancher pelvien, cicatrices, bassin et ligaments de l'utérus peuvent entretenir la douleur.
- L'ostéopathie se discute quand la douleur garde une composante mécanique : tensions, mobilité du bassin, cicatrices.
- Toutes les techniques sont externes : aucun toucher vaginal ni rectal, interdit aux ostéopathes.
Chez la femme, une douleur pelvienne installée depuis des mois demande d’abord d’explorer l’utérus et les ovaires, souvent aussi la vessie et l’intestin. L’approche ostéopathique peut se discuter ensuite, une fois ce bilan réalisé et les traitements nécessaires engagés, si la douleur garde une part mécanique : tensions musculaires, bassin, cicatrices. Elle s’intéresse alors à ces tensions et ne remplace aucun traitement.
D’abord, les causes liées aux organes
Le bassin féminin abrite l’utérus, les deux ovaires et les trompes, logés entre la vessie en avant et le rectum en arrière. Une douleur qui dure peut venir de l’un de ces organes : c’est la première piste à explorer.
Les causes les plus fréquentes de ce côté :
- l’endométriose, où des lésions faites d’un tissu voisin de l’endomètre (la muqueuse utérine) se développent hors de l’utérus, et l’adénomyose, où ce tissu infiltre le muscle utérin ;
- une infection de l’utérus et des trompes, parfois liée à une infection sexuellement transmissible, et ses séquelles ;
- un kyste de l’ovaire ou un fibrome (tumeur bénigne du muscle de l’utérus) ;
- des varices pelviennes, dont le rôle dans la douleur reste discuté.
Le bilan repose sur l’interrogatoire, l’examen, des prélèvements si une infection est suspectée, l’échographie endovaginale et, si besoin, l’IRM pelvienne. Une cœlioscopie (examen de l’intérieur du ventre par une caméra introduite par une petite incision) peut se discuter dans certains cas. Pour un panorama de toutes les causes, y compris chez l’homme : les causes des douleurs pelviennes chroniques.
Les tensions qui s’installent autour des organes
Même quand un organe est en cause, la douleur peut gagner les structures voisines. Le corps se protège : il se crispe, il retient, il modifie sa façon de bouger.
Le plancher pelvien est souvent concerné. Ces muscles, dont les élévateurs de l’anus, peuvent rester contractés de façon quasi permanente, comme un poing qui ne parvient plus à s’ouvrir. Il peut en résulter une sensation de pesanteur, des brûlures, des envies d’uriner fréquentes ou des douleurs pendant les rapports.
D’autres structures entrent souvent en jeu :
- l’obturateur interne, muscle plaqué contre la paroi latérale du bassin, dont les tensions peuvent se faire sentir dans le périnée, la hanche ou l’arrière de la cuisse ;
- les ligaments utéro-sacrés, qui relient l’arrière du col de l’utérus à la face avant du sacrum, de part et d’autre du rectum. Ils sont un site fréquent d’endométriose profonde, qui peut causer des douleurs du bas du dos ou pendant les rapports ;
- les cicatrices de césarienne ou de cœlioscopie, qui peuvent rester sensibles ou tirailler ;
- les articulations sacro-iliaques et la région du coccyx, fortement sollicitées pendant la grossesse et l’accouchement.
Le cycle hormonal module aussi la sensibilité : nombreuses sont celles qui sentent leur ventre, leur vessie ou leur transit changer au fil du cycle (voir colopathie et cycle menstruel).
Les situations où l’approche ostéopathique peut se discuter
Pour les troubles fonctionnels du bassin, les médecins orientent vers l’ostéopathe. Une fois les causes explorées, plusieurs situations s’y prêtent :
- la douleur varie avec la posture, la position assise prolongée, la marche ou certains mouvements ;
- elle s’accompagne de douleurs du bas du dos, du sacrum, du coccyx ou de la hanche ;
- elle est apparue ou s’est installée après un accouchement (voir les douleurs périnéales du post-partum) ou une chirurgie du ventre ;
- une maladie comme l’endométriose est déjà traitée, mais des douleurs musculaires ou des tensions persistent ;
- un inconfort digestif ou une paroi abdominale crispée s’y associe.
À l’inverse, ce n’est pas le moment quand la douleur est récente et non explorée, quand elle s’aggrave rapidement ou quand l’un des signes suivants est présent.
Signaux d’alerte
Un avis médical rapide s’impose devant l’un des signes suivants :
- douleur soudaine et violente du bas-ventre, surtout avec vomissements, fièvre ou malaise : appelez le 15 ou le 112, car il faut écarter sans attendre une torsion de l’ovaire, une infection sévère ou, si une grossesse est possible même sans certitude, une grossesse extra-utérine ;
- pendant une grossesse, douleur pelvienne inhabituelle avec saignements, contractions ou fièvre : rendez-vous directement à la maternité ;
- fièvre, pertes inhabituelles (odeur, couleur), brûlures en urinant ;
- saignements en dehors des règles, au moment d’un rapport ou après la ménopause, sang dans les urines ou les selles ;
- règles devenues beaucoup plus douloureuses ou abondantes qu’avant, douleur nouvelle pendant les rapports ;
- masse perçue dans le ventre, amaigrissement sans raison, ventre qui gonfle durablement sans explication, surtout après 50 ans.
Ce que l’ostéopathie peut apporter, et ses limites
L’ostéopathie vise des troubles fonctionnels : elle ne traite ni l’endométriose, ni un kyste, ni une infection. Son objectif est de contribuer à diminuer les tensions musculaires et ligamentaires et à améliorer le confort au quotidien.
Les techniques sont exclusivement externes : l’ostéopathe n’a le droit ni d’intervenir par voie vaginale ou rectale, ni de pratiquer des manipulations gynéco-obstétricales. Si un travail par voie interne est indiqué, il revient à un kinésithérapeute ou à une sage-femme formés au pelvis. Le détail des gestes figure dans ostéopathie pelvienne et techniques externes.
En ostéopathie, on considère que la mobilité du sacrum et du bassin, sur lesquels s’attachent les ligaments de l’utérus et les muscles du plancher pelvien, peut influencer les tensions du petit bassin. Ce modèle reste une hypothèse de travail, que des études devront vérifier.
Côté preuves, la prudence s’impose : dans les douleurs pelviennes féminines, les études sur l’ostéopathie restent rares et de petite taille ; elles ne permettent pas encore de conclure. Les recommandations européennes demandent de tenir compte de la composante musculaire au même titre que des composantes viscérale, nerveuse et psychologique. L’ostéopathie se situe sur ce versant musculaire et articulaire, en complément des autres soins. La page douleurs pelviennes chroniques en donne une présentation plus large.
Au cabinet, à Toulon – La Garde
J’explique chaque geste avant de le faire ; vous gardez vos sous-vêtements (une tenue souple convient aussi) et pouvez demander une pause ou un arrêt à tout moment. Venir accompagnée est possible.
Je vous propose souvent de noter, sur un ou deux cycles, quand la douleur survient : règles, ovulation, rapports, fin de journée. Ce repérage aide à distinguer ce qui suit le cycle de ce qui dépend des positions ou de l’effort.
Au bas-ventre, je recherche les zones sensibles au-dessus du pubis et le long des plis de l’aine, et j’évalue la souplesse d’une éventuelle cicatrice de césarienne. En arrière, je teste la mobilité du sacrum, point d’ancrage des ligaments utéro-sacrés, et des sacro-iliaques. Le DU de Lyon 1 et ma formation en ostéopathie viscérale génito-urinaire et pelvienne m’aident à relier ces structures. Je vous montre aussi comment relâcher le périnée en respirant lentement, un exercice à reprendre chez vous.
Questions fréquentes
Une douleur pelvienne peut-elle venir des muscles quand les examens sont normaux ?
Oui, c’est possible. Un bilan normal est une bonne nouvelle, mais il ne clôt pas la recherche : un plancher pelvien contracté en permanence, un obturateur interne tendu ou une cicatrice qui tiraille ne se voient pas forcément à l’imagerie. L’ostéopathie peut alors faire partie des approches discutées.
Peut-on consulter un ostéopathe pendant ses règles ?
Oui, si vous vous sentez à l’aise. Les techniques étant externes, les règles ne gênent pas la séance. Certaines femmes préfèrent cependant éviter les jours les plus douloureux : c’est vous qui choisissez.
Ostéopathe ou kinésithérapeute pelvien : qui fait quoi ?
Le kinésithérapeute et la sage-femme formés au pelvis peuvent travailler le plancher pelvien par voie interne. L’ostéopathe, lui, n’intervient que par l’extérieur : bassin, dos, abdomen, hanches. Les deux approches peuvent se compléter.
Combien de séances faut-il prévoir ?
Il n’existe pas de nombre fixe, et je ne m’engage sur aucun chiffre. Je fais le point avec vous après les premières séances : si la gêne ne bouge pas, mieux vaut changer d’approche que multiplier les rendez-vous.
Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.
Sources
- Décret n° 2007-435 du 25 mars 2007 relatif aux actes et aux conditions d'exercice de l'ostéopathie. Consulter
- European Association of Urology. Guidelines on Chronic Pelvic Pain (mises à jour régulières).
- Université Claude Bernard Lyon 1. DU « Diagnostic et prise en charge pluridisciplinaire des douleurs pelvi-périnéales chroniques », programme. Consulter