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Karim MechterOstéopathe D.O. à La Garde – Toulon
Douleurs pelviennes chroniques

Ostéopathie pelvienne : des techniques exclusivement externes, ce que dit la loi

Par Karim Mechter, ostéopathe D.O.Mis à jour le Lecture : 6 min5,0 sur Google

En bref

  • En France, l'ostéopathe n'utilise que des techniques manuelles et externes : touchers pelviens et manipulations gynéco-obstétricales lui sont interdits.
  • Bassin, sacrum, coccyx, hanches, abdomen et diaphragme sont abordés à travers la peau, sans jamais d'installation en position d'examen intime.
  • Le travail interne du plancher pelvien relève du kinésithérapeute ou, après un accouchement, de la sage-femme.
  • Chaque geste est expliqué avant d'être fait ; vous pouvez le refuser ou l'interrompre à tout moment.

En France, l’ostéopathie pelvienne se pratique uniquement par l’extérieur du corps. Le décret n° 2007-435 du 25 mars 2007 n’autorise à l’ostéopathe que des manipulations « exclusivement manuelles et externes » et lui interdit les touchers pelviens (un doigt introduit dans le vagin ou le rectum) comme les manipulations gynéco-obstétricales (portant sur l’utérus, la grossesse ou l’accouchement). Bassin, sacrum, coccyx, hanches, ventre et diaphragme sont donc abordés à travers la peau. Le travail interne du plancher pelvien (les muscles qui soutiennent les organes du bassin), quand il est utile, est confié au kinésithérapeute ou, après un accouchement, à la sage-femme.

Ce que dit la loi : le décret du 25 mars 2007

Deux de ses articles concernent directement le bassin :

  • L’article 1 réserve l’ostéopathie aux troubles fonctionnels, sans lésion d’organe, à l’exclusion des maladies organiques. Les manipulations autorisées sont musculo-squelettiques et myofasciales : elles portent sur les articulations, les muscles et les fascias, ces enveloppes fibreuses qui gainent muscles et organes.
  • L’article 3 exclut deux catégories d’actes : les touchers pelviens et les manipulations gynéco-obstétricales.

Ces interdictions visent l’ostéopathie : elles ne s’appliquent pas aux professionnels de santé habilités à ces actes dans leur propre métier, comme les sages-femmes ou les kinésithérapeutes.

Pourquoi ce cadre est rassurant

La limite est claire et connue à l’avance : aucun geste intime ne peut vous être proposé au titre de l’ostéopathie. Pour les personnes à qui un examen intime est difficile, à cause d’une douleur à la pénétration, d’un vaginisme (contraction involontaire qui empêche la pénétration) ou d’un vécu pénible, cette approche externe peut être une façon plus abordable de s’occuper du bassin.

Votre accord se demande pour chaque technique, pas seulement en début de séance. Vous pouvez refuser un geste, demander une pause ou arrêter, sans vous justifier. Si un praticien vous proposait malgré tout un geste interne au nom de l’ostéopathie, ce geste serait interdit : refusez-le, et vous pouvez le signaler à l’agence régionale de santé.

Une séance externe, concrètement

Le déroulé général d’une consultation est décrit dans l’ostéopathie viscérale, définition et déroulé d’une séance. Pour une douleur du bassin, il suit en général ces étapes :

  1. L’entretien : histoire de la douleur, examens, traitements et rééducation en cours, ce qui aggrave ou soulage ; il sert aussi à repérer d’éventuels signaux d’alerte.
  2. L’observation debout : appui sur les deux pieds, mobilité du bassin et du bas du dos, flexion du tronc, marche.
  3. Sur le dos : palpation de la paroi abdominale, de la région au-dessus du pubis et des fosses iliaques (les deux creux du bas du ventre, qui abritent une partie du gros intestin) ; repérage des cicatrices de césarienne ou de cœlioscopie (chirurgie par petites incisions) ; travail du diaphragme, le muscle de la respiration, sous les côtes ; mobilité des hanches et tension des adducteurs (muscles de la face interne de la cuisse, qui la rapprochent de l’autre).
  4. Sur le ventre ou sur le côté : sacrum (l’os en triangle qui prolonge la colonne) et articulations sacro-iliaques, qui l’unissent aux os de la hanche ; muscles profonds de la fesse, dont le piriforme ; ligament sacro-tubéral, solide bande fibreuse tendue du sacrum à l’ischion (l’os sur lequel on s’assoit), près duquel chemine le nerf pudendal, principal nerf du périnée. Le coccyx, enfin, se palpe par l’extérieur, en haut du pli entre les fesses, souvent à travers le sous-vêtement.

Les techniques sont douces : pressions maintenues, mobilisations lentes, étirements des fascias, accompagnement de la respiration. Vous gardez vos sous-vêtements, et la séance ne se fait jamais dans une position d’examen intime.

Ostéopathe, kinésithérapeute et sage-femme : des rôles complémentaires

Le plancher pelvien ne s’évalue pleinement que par un examen interne. Le kinésithérapeute, ou la sage-femme après un accouchement, peut mesurer la force de ces muscles, leur capacité à se relâcher et la présence de points gâchettes (zones musculaires dures et sensibles, qui projettent parfois la douleur à distance), puis les traiter, y compris par voie interne. Ils peuvent aussi recourir au biofeedback : une sonde ou des électrodes affichent l’activité des muscles sur un écran, pour apprendre à les relâcher.

Une étude publiée en 2005 chez des hommes souffrant de douleurs pelviennes chroniques, sans groupe de comparaison, suggère une amélioration avec un relâchement myofascial (détente des muscles et de leurs enveloppes), en partie interne, réalisé par des thérapeutes habilités et complété par des exercices de relaxation. Ce résultat préliminaire ne concerne pas l’ostéopathie externe ; en France, chez l’homme, ce volet interne relève du kinésithérapeute, jamais de l’ostéopathe.

L’ostéopathe travaille autour : bassin, hanches, paroi abdominale, diaphragme, posture. Les deux approches se combinent, comme le montre le rôle de chaque soignant face aux douleurs pelviennes.

Signaux d’alerte

Une douleur du bassin accompagnée de l’un de ces signes demande un avis médical rapide :

  • une impossibilité d’uriner, une zone devenue insensible au périnée ou à l’intérieur des cuisses, des urines ou des selles qui vous échappent, des jambes qui faiblissent : chacun de ces signes, à lui seul, justifie d’appeler le 15 ou le 112 en raison du risque de syndrome de la queue de cheval, c’est-à-dire de compression des nerfs qui sortent du bas de la colonne ;
  • une douleur pelvienne brutale et intense, plus encore en cas de grossesse possible ou de malaise, ou une douleur soudaine d’un testicule : composez sans attendre le 15 ou le 112 ;
  • de la fièvre, une sensation de brûlure en urinant ou des pertes vaginales inhabituelles ;
  • des saignements inhabituels, du vagin, des urines ou des selles ;
  • un changement durable du transit ou des troubles urinaires apparus après 50 ans ;
  • une douleur qui réveille la nuit, qui s’aggrave au fil des semaines ou qui s’associe à un amaigrissement que rien n’explique.

Ce que l’ostéopathie peut apporter, et ses limites

L’approche externe peut s’intéresser à ce qui entoure les organes du bassin : mobilité du sacrum et du coccyx, tensions des hanches, de la fesse et de la paroi abdominale, souplesse autour d’une cicatrice, respiration. Certaines personnes rapportent un meilleur confort au quotidien.

Ses limites sont réelles. Par l’extérieur, l’ostéopathe n’atteint pas directement les muscles du plancher pelvien. Il ne traite ni une endométriose, ni une infection, ni une maladie de la vessie ou de la prostate. Les essais de bonne qualité sur l’ostéopathie externe dans ces douleurs manquent encore : elle se conçoit aux côtés de la rééducation, pour les tensions, la mobilité et le confort du bassin, et se réévalue si rien ne change. Voir aussi douleur au coccyx et la page consacrée aux douleurs pelviennes chroniques.

Au cabinet, à Toulon – La Garde

Pour chaque zone sensible, le pourtour du sacrum, le coccyx, les ischions ou le bas du ventre, je vous dis d’abord où vont se placer mes mains, ce que je vais faire et pourquoi, puis j’attends votre accord. Formé en 2025 à l’ostéopathie viscérale génito-urinaire et pelvienne (BOTO Formation), je n’emploie que des gestes manuels et externes, comme la loi l’impose. Je vous demande si un kinésithérapeute ou une sage-femme vous suit et sur quoi, pour répartir les rôles sans doublon. En fin de séance, je vous explique ce que j’ai observé et vous propose un exercice simple à refaire chez vous, comme une respiration lente ou un étirement doux des hanches.

Questions fréquentes

Un ostéopathe a-t-il le droit de faire un toucher vaginal ou rectal ?

Non. Le décret de 2007 interdit les touchers pelviens aux ostéopathes. Si le praticien est aussi kinésithérapeute ou sage-femme, un geste interne ne peut relever que de cette autre profession et de ses règles, jamais de l’ostéopathie.

Faut-il se déshabiller pour une séance d’ostéopathie pelvienne ?

Le plus souvent, on travaille en sous-vêtements, une serviette couvrant les zones qui ne sont pas traitées. Un vêtement souple et fin convient aussi pour une grande partie des techniques.

Comment agir sur le plancher pelvien sans geste interne ?

Seulement de façon indirecte. Ces muscles s’attachent au pubis, au coccyx et aux parois du bassin, et bougent avec la respiration : ils s’abaissent un peu quand on inspire et remontent quand on expire. L’ostéopathe travaille par l’extérieur autour de ces attaches et avec la respiration, une action dont l’effet sur le plancher lui-même reste à démontrer ; le travail direct du muscle est l’affaire des rééducateurs.

Peut-on consulter pendant ses règles ?

Oui, puisque les techniques sont externes. Si vous préférez attendre la fin des règles, la séance peut simplement être décalée.

Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.

Sources

  1. Décret n° 2007-435 du 25 mars 2007 relatif aux actes et aux conditions d'exercice de l'ostéopathie. Consulter
  2. Anderson RU, Wise D, Sawyer T, Chan C. Integration of myofascial trigger point release and paradoxical relaxation training treatment of chronic pelvic pain in men. J Urol. 2005;174(1):155-160.

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