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Karim MechterOstéopathe D.O. à La Garde – Toulon
Viscères et douleurs du dos

Mal de dos d'origine viscérale : quand le problème n'est pas (seulement) vertébral

Par Karim Mechter, ostéopathe D.O.Mis à jour le Lecture : 7 min5,0 sur Google

En bref

  • La plupart des maux de dos sont mécaniques, mais un organe (rein, pancréas, cœur, aorte, utérus, côlon) peut aussi se manifester dans le dos.
  • Une douleur qui ne varie pas avec les mouvements, ou qui s'accompagne de fièvre ou de troubles digestifs ou urinaires, fait partie des signaux d'alerte.
  • Dans les douleurs mixtes, où ventre et dos s'entretiennent, l'approche viscérale reste une hypothèse de travail, encore peu étudiée dans le mal de dos.

Un mal de dos d’origine viscérale vient d’un organe ou d’un gros vaisseau, et non de la colonne : rein, pancréas, estomac, vésicule biliaire, cœur, aorte, utérus ou côlon peuvent se manifester dans le dos, parfois avant tout autre signe. C’est bien plus rare que la lombalgie commune, mais à ne pas manquer : une douleur que les mouvements ne modifient pas, ou qui s’accompagne de fièvre ou de troubles digestifs, urinaires ou génitaux, doit faire penser à un organe. Entre les deux, certaines douleurs « mixtes » semblent entretenues à la fois par le ventre et par le dos : l’approche viscérale peut y trouver une place, comme hypothèse de travail.

Douleur mécanique ou douleur d’organe : les indices qui orientent

La lombalgie commune est dite mécanique : elle dépend des mouvements et des positions. La douleur d’origine viscérale obéit à d’autres règles.

Indice Plutôt mécanique Plutôt viscérale
Mouvements et positions aggravent ou soulagent changent peu ; aucune position ne soulage vraiment
Rythme effort, station assise ou debout repas, selles, urines, règles
Localisation précise, montrée du doigt profonde, diffuse, mal limitée
Signes associés raideur, contracture fièvre, nausées, brûlures urinaires, sueurs, sang

Ces indices orientent sans trancher : la douleur d’une pancréatite (inflammation du pancréas) est parfois soulagée penché en avant, une douleur d’organe qui dure peut s’accompagner de contractures, et une lombalgie mécanique peut réveiller la nuit lors d’un changement de position.

Quels organes peuvent se manifester dans le dos ?

Beaucoup de ces organes sont situés en arrière, près de la colonne, et leurs nerfs rejoignent la moelle épinière aux étages qui desservent aussi le dos (voir comment les organes sont attachés au squelette). Selon la zone :

  • Entre les omoplates et au milieu du dos : le cœur (un infarctus peut irradier dans le dos, la mâchoire ou le bras) et l’aorte thoracique, dont la dissection (déchirure de la couche interne de sa paroi) donne une douleur brutale et déchirante ; mais aussi l’œsophage, un ulcère du duodénum et le pancréas, dont la douleur part du creux de l’estomac et traverse vers le dos.
  • Sous l’omoplate droite : la vésicule biliaire, typiquement lors d’une colique hépatique (crise due à un calcul), parfois jusqu’à l’épaule (voir foie, vésicule et douleur de l’épaule droite).
  • Dans le flanc et le haut des lombaires : les reins, juste sous les dernières côtes, dans l’angle qu’elles forment avec la colonne.
  • Dans le bas du dos et le sacrum : l’aorte abdominale, quand un anévrisme (une dilatation de sa paroi) se fissure, et les organes du petit bassin, comme le rectum, l’utérus, les ovaires ou la prostate (voir la douleur projetée lombaire).

Plus rarement, une tumeur du pancréas ou du rein se révèle par une douleur dorsale tenace : une douleur qui s’installe sans explication doit être explorée.

Les douleurs « mixtes » : quand le ventre et le dos s’entretiennent

Certains mécanismes sont établis. Un organe irrité peut faire se contracter, par réflexe, des muscles qui dépendent du même segment de moelle épinière : surtout la paroi abdominale (c’est la « défense » de l’appendicite), moins régulièrement les muscles qui longent la colonne. Une douleur viscérale qui dure peut aussi entretenir une sensibilisation centrale : le système nerveux amplifie les messages douloureux et le dos devient plus sensible. Les lombalgies sont d’ailleurs fréquentes en cas de colopathie fonctionnelle (voir colopathie et mal de dos) ou de règles douloureuses.

L’ostéopathie viscérale, telle que l’ont théorisée Jean-Pierre Barral et Pierre Mercier, va plus loin. Devant et autour de la colonne lombaire se trouvent les piliers du diaphragme (ses attaches sur les vertèbres), le psoas, les reins, la racine du mésentère (le repli qui suspend l’intestin grêle) et le côlon accolé à la paroi ; dans le bassin, les ligaments utéro-sacrés rejoignent le sacrum. Selon ce modèle, une perte de glissement de ces structures, après une chirurgie, une constipation ancienne ou une grossesse, entretiendrait des tensions protectrices dans le dos : un mécanisme que la recherche doit encore préciser.

Un carnet de deux à trois semaines pour y voir clair

Les indices du tableau se repèrent mieux par écrit que de mémoire. Pendant deux à trois semaines, notez chaque jour l’intensité de la douleur (de 0 à 10), l’heure, l’endroit et ce qui l’a précédée : effort, longue station assise, repas, passage aux toilettes, règles. Ajoutez votre sommeil et ce qui soulage : une position, la marche, la chaleur. Une douleur qui suit les efforts et les positions plaide pour une origine mécanique ; une douleur calée sur les repas, les selles, les urines ou le cycle oriente plutôt vers le ventre.

Signaux d’alerte

Un mal de dos qui présente l’un des signes suivants demande un avis médical rapide :

  • fièvre, frissons, brûlures en urinant, sang dans les urines ou les selles, nausées, troubles du transit (douleur du flanc avec fièvre : pyélonéphrite possible, une infection du rein) ;
  • douleur qui ne se calme dans aucune position, persiste au repos, vous réveille la nuit ou revient à chaque cycle ; début après 50 ans, après un cancer, sous un traitement qui diminue les défenses immunitaires, ou avec un amaigrissement inexpliqué ;
  • douleur de poitrine ou entre les omoplates, oppressante ou déchirante, avec sueurs, essoufflement ou malaise (infarctus, dissection de l’aorte) : appelez le 15 ou le 112 ;
  • douleur lombaire ou abdominale brutale et violente (colique néphrétique, anévrisme de l’aorte), ou douleur intense du creux de l’estomac ou sous les côtes droites qui gagne le dos avec vomissements, fièvre, jaunisse ou selles noires (pancréatite, vésicule, ulcère) : appelez le 15 ou le 112 ;
  • douleur brutale du bas-ventre, avec vomissements (torsion d’un ovaire), retard de règles ou saignement (grossesse extra-utérine, développée hors de l’utérus) : appelez le 15 ou le 112 ;
  • faiblesse des jambes, perte de sensibilité du périnée, difficulté soudaine à uriner : face à l’un de ces signes, même seul, appelez le 15 ou le 112.

Ce que l’ostéopathie peut apporter, et ses limites

C’est pour des troubles fonctionnels que les médecins orientent vers l’ostéopathe : dans le mal de dos, l’ostéopathie peut contribuer à en soulager la part musculo-squelettique (mobilité de la colonne et des côtes, tensions musculaires, respiration). L’approche viscérale, douce et externe, s’y ajoute quand l’histoire oriente vers le ventre (transit perturbé, règles douloureuses, chirurgie abdominale, grossesse).

Ce volet viscéral a encore été peu étudié dans le mal de dos, ce qui exclut toute promesse, et aucune technique ne traite un calcul, un ulcère ou une infection. Une douleur qui change de caractère ou s’accompagne d’un nouveau signe se réévalue à la lumière des signaux d’alerte. Le cadre de cette approche est exposé sur la page douleurs d’origine viscérale.

Au cabinet, à Toulon – La Garde

Je vous fais d’abord raconter la douleur : où, depuis quand, ce qui l’aggrave ou la calme, et surtout son lien éventuel avec les repas, le transit, les règles, les urines ou la nuit. J’examine ensuite la mobilité lombaire et thoracique avec des tests qui reproduisent, ou non, votre douleur ; puis la charnière entre vertèbres thoraciques et lombaires, les dernières côtes, le carré des lombes et, par des mouvements de hanche, le psoas, avant de palper doucement l’abdomen et ses éventuelles cicatrices. Une douleur que rien ne reproduit, ou un signe associé inattendu, sort du cadre des troubles fonctionnels : je ne la traite pas comme un simple mal de dos. Si vous avez tenu le carnet décrit plus haut, je le relis avec vous.

Questions fréquentes

Comment savoir si mon mal de dos vient d’un organe ?

Une douleur que les mouvements ne modifient pas, liée aux repas, aux selles, aux urines ou aux règles, ou accompagnée de fièvre ou de nausées, oriente vers un organe. Aucun indice ne suffit seul : c’est leur réunion qui compte.

Une douleur entre les omoplates peut-elle venir de l’estomac ou du cœur ?

Oui. Un ulcère, le pancréas, l’œsophage ou la vésicule peuvent faire mal dans le haut du dos. Brutale, oppressante ou déchirante, avec sueurs ou essoufflement, la douleur peut traduire un problème du cœur ou de l’aorte : appelez le 15.

Les intestins peuvent-ils donner mal au bas du dos ?

Oui : le rectum, et parfois le côlon quand il est enflammé, peuvent se faire sentir dans le bas du dos ou le sacrum, et une constipation ou une colopathie s’accompagnent parfois de lombalgies. Le rôle du psoas, muscle voisin du côlon, est discuté dans l’article psoas, côlon et lombalgie.

Mon IRM montre une hernie discale : est-ce forcément la cause de ma douleur ?

Pas forcément. Hernies et usure des disques sont fréquentes chez des personnes qui n’ont pas mal : une image ne compte que si elle concorde avec vos symptômes et l’examen. Une sciatique avec faiblesse de la jambe ne doit pas traîner ; une perte de sensibilité du périnée ou une difficulté soudaine à uriner justifient, chacune à elle seule, d’appeler le 15 ou le 112.

Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.

Sources

  1. Décret n° 2007-435 du 25 mars 2007 relatif aux actes et aux conditions d'exercice de l'ostéopathie. Consulter
  2. Woolf CJ. Central sensitization: implications for the diagnosis and treatment of pain. Pain. 2011;152(3 Suppl):S2-S15.
  3. Barral JP, Mercier P. Manipulations viscérales. Elsevier Masson.

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