En bref
- Les organes sont reliés au diaphragme, à la colonne vertébrale et au bassin par des replis du péritoine, des fascias et des ligaments.
- Un organe en souffrance peut faire mal à distance (épaule, dos, bassin) : cette douleur projetée est établie, et certains signes associés doivent alerter.
- L'idée que des tensions de ces attaches entretiennent des douleurs du dos relève d'un modèle ostéopathique, encore à l'étude.
Vos organes sont reliés au diaphragme, à la colonne vertébrale et au bassin par des replis du péritoine (la fine membrane qui tapisse l’intérieur de l’abdomen), des fascias (des nappes de tissu conjonctif) et des ligaments. Un organe en souffrance peut aussi faire mal à l’épaule, au dos ou au bassin : cette douleur projetée est établie. L’idée que des tensions de ces attaches entretiennent certaines douleurs, en dehors de toute maladie, relève en revanche du modèle ostéopathique : une hypothèse de travail, que la recherche doit encore éprouver.
Péritoine, fascias, ligaments : les attaches de vos organes
Le péritoine a deux feuillets, l’un sur la paroi, l’autre sur les organes, séparés par un mince film de liquide qui les laisse glisser à chaque respiration. Imaginez un drap posé sur des objets : là où il passe de la paroi à un organe, il forme des plis. Ce sont les ligaments du ventre et les mésos (les replis qui apportent vaisseaux et nerfs à l’intestin) ; la plupart guident les organes plus qu’ils ne les portent.
Plusieurs aboutissent au diaphragme, lui-même inséré sur les côtes, le sternum et, par ses piliers, sur les vertèbres lombaires ; d’autres rejoignent la paroi arrière, devant la colonne, ou le bassin.
- Le foie : le ligament coronaire, prolongé par les ligaments triangulaires droit et gauche, délimite l’aire nue, une zone sans péritoine accolée au diaphragme ; le ligament falciforme le relie à la paroi avant. Il tient pourtant surtout par cette aire nue, par ses veines, qui se jettent dans la veine cave inférieure (le gros tronc veineux de l’abdomen), et par la pression du ventre.
- L’œsophage : la membrane phréno-œsophagienne l’arrime à l’orifice du diaphragme qu’il traverse ; son relâchement participe à la hernie hiatale.
- Le côlon : ses parties ascendante (à droite) et descendante (à gauche) sont accolées à la paroi postérieure par les fascias de Toldt, des plans de fusion formés avant la naissance. Son angle gauche est amarré au diaphragme par le ligament phréno-colique, petit hamac où repose le bas de la rate.
- L’essentiel de l’intestin grêle est suspendu par le mésentère, un éventail plissé : sa racine, d’une quinzaine de centimètres, descend en oblique du côté gauche de la deuxième vertèbre lombaire vers l’articulation sacro-iliaque droite, quand son bord libre porte plusieurs mètres d’intestin.
- Les reins n’ont pas de ligament propre. Entourés de graisse et du fascia rénal (une enveloppe fibreuse), ils reposent sur le diaphragme et sur deux muscles profonds de la paroi arrière, le carré des lombes et le psoas, et s’abaissent de quelques centimètres à l’inspiration profonde.
- Dans le bassin, les ligaments utéro-sacrés partent du col de l’utérus, contournent le rectum et rejoignent le sacrum ; les ligaments cardinaux rattachent le col aux parois latérales. La vessie s’attache à l’arrière du pubis et, par l’ouraque (un cordon fibreux), à l’ombilic. Ces attaches travaillent avec le plancher pelvien, les muscles qui ferment le bas du bassin.
Pourquoi un organe peut faire mal à l’épaule, au dos ou au bassin
Les fibres sensitives de la plupart des organes cheminent avec les nerfs du système nerveux autonome (qui pilote les organes sans intervention de la volonté) et entrent dans la moelle épinière à des étages précis. Elles y rejoignent des neurones qui reçoivent aussi les messages de la peau et des muscles : c’est la convergence viscéro-somatique. Le cerveau, qui possède une carte précise de la peau mais très floue des organes, situe alors la douleur sur la peau et les muscles du même étage, le métamère : c’est la douleur projetée.
Exemple classique : la sensibilité du centre du diaphragme passe par le nerf phrénique, issu du cou (racines C3, C4 et C5) ; or C3 et C4 desservent aussi la peau du haut de l’épaule. Après une cœlioscopie (chirurgie par petites incisions), le gaz insufflé irrite le dessous du diaphragme et donne souvent une douleur d’épaule passagère. La vésicule biliaire peut faire de même (voir foie, vésicule et épaule droite).
Le rein et l’uretère projettent vers le flanc, la région lombaire et l’aine ; l’utérus et le rectum vers le bas du dos et le sacrum (voir la douleur projetée lombaire et le mal de dos d’origine viscérale). Une inflammation peut aussi contracter par réflexe les muscles de la paroi : c’est la « défense » abdominale typique de l’appendicite. Douleur projetée et défense peuvent donc révéler une maladie d’organe.
Ce qui est établi, et ce qui reste un modèle
Sont établis : l’anatomie de ces attaches, le déplacement des organes avec la respiration et la posture (visible en imagerie), les douleurs projetées, les contractions réflexes et la sensibilisation centrale, qui amplifie certaines douleurs chroniques.
Relève du modèle ostéopathique, posé par l’ouvrage fondateur de Jean-Pierre Barral et Pierre Mercier, l’idée qu’un organe ou ses attaches puissent perdre une partie de leur glissement (après une chirurgie, une inflammation, une grossesse) et entretenir ainsi des tensions dans le dos, l’épaule ou le bassin. Cette idée, comme la « motilité », mouvement propre que ce modèle prête aux organes, reste à vérifier, et ce que le praticien perçoit sous la main garde une part subjective.
Les essais cliniques sur l’approche viscérale restent peu nombreux et menés sur de petits groupes ; ils sont aussi difficiles à conduire, car on ne peut pas cacher au praticien le geste qu’il réalise. Les plus nombreux concernent la colopathie fonctionnelle, avec des résultats parfois encourageants qui attendent confirmation (voir le bilan des essais d’ostéopathie dans la colopathie). Formé à ce modèle (BOTO Formation, 2019), je l’utilise comme une grille de lecture, pas comme une preuve.
Signaux d’alerte
Devant une douleur de l’épaule, du dos ou du bassin, les signes suivants, repris aussi région par région, demandent un avis médical rapide :
- fièvre, frissons, nausées ou vomissements ;
- douleur qui ne varie pas avec les mouvements, présente au repos ou qui réveille la nuit ;
- sang dans les urines ou les selles, peau ou yeux jaunes, amaigrissement inexpliqué, antécédent de cancer, début après 50 ans ;
- douleur thoracique oppressante, essoufflement brutal, douleur abdominale ou dorsale violente avec malaise, selles noires : appelez le 15 ou le 112 ;
- douleur du bas-ventre ou saignement alors qu’une grossesse est possible : appelez le 15 ou le 112 ;
- une perte de sensibilité du périnée, une difficulté soudaine à uriner, une faiblesse des jambes : même un seul de ces trois signes impose d’appeler le 15 ou le 112.
Ce que l’ostéopathie peut apporter, et ses limites
L’ostéopathe prend en charge des troubles fonctionnels, jamais une maladie d’organe, par des techniques exclusivement manuelles et externes. L’approche viscérale s’intègre à une prise en charge globale, centrée sur le confort et la mobilité : tensions de la paroi abdominale, du diaphragme ou du bassin, et douleurs du dos ou de l’épaule qui les accompagnent.
Elle ne dissout pas d’adhérences, ne déplace aucun organe, ne traite ni calcul ni endométriose, et ne remplace aucun examen. Son cadre est détaillé sur les pages ostéopathie viscérale et douleurs à composante viscérale.
Au cabinet, à Toulon – La Garde
Je reconstitue d’abord l’histoire de votre ventre : opérations (appendicite, césarienne, ablation de la vésicule, cœlioscopies), grossesses, épisodes inflammatoires, transit, cycle, troubles urinaires. Je confronte ensuite deux examens. D’un côté la colonne, les côtes et le bassin ; de l’autre, par une palpation douce, la paroi abdominale, le trajet du côlon, la région sous les côtes droites et le jeu des dernières côtes à la respiration. Je relie ce que je trouve à l’anatomie, sans prétendre sentir un organe « bloqué ». Si un élément ne cadre pas avec un trouble fonctionnel, je ne commence pas la séance et je vous explique pourquoi. Après une opération récente, j’attends que la cicatrisation soit acquise avant de travailler près de la zone opérée.
Questions fréquentes
L’ostéopathe peut-il sentir mes organes avec ses mains ?
En partie seulement. Une palpation douce renseigne sur la souplesse de la paroi, une zone sensible, parfois le bord du foie ou un côlon chargé, mais elle ne dit rien de l’état de l’organe lui-même.
Les organes peuvent-ils descendre ?
Les organes bougent normalement à chaque respiration. Une descente anormale existe dans des situations précises, comme le prolapsus génital (vessie, utérus ou rectum qui s’affaissent dans le vagin). Aucune manipulation ne fait remonter un organe.
Les adhérences après une opération peuvent-elles faire mal ?
Les adhérences, ponts de tissu cicatriciel entre organes ou avec la paroi, sont fréquentes après une chirurgie abdominale et souvent silencieuses. Leur rôle dans des douleurs chroniques reste discuté ; plus rarement, elles provoquent une occlusion intestinale (arrêt des gaz et des selles, vomissements), qui est une urgence. L’ostéopathie ne prétend pas les libérer ; elle peut s’intéresser au confort autour d’une cicatrice, par exemple de césarienne.
Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.
Sources
- Barral JP, Mercier P. Manipulations viscérales. Elsevier Masson.
- Décret n° 2007-435 du 25 mars 2007 relatif aux actes et aux conditions d'exercice de l'ostéopathie. Consulter
- Müller A, Franke H, Resch KL, Fryer G. Effectiveness of osteopathic manipulative therapy for managing symptoms of irritable bowel syndrome: a systematic review. J Am Osteopath Assoc. 2014;114(6):470-479. Consulter