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Karim MechterOstéopathe D.O. à La Garde – Toulon
Colopathie fonctionnelle et digestion

Ostéopathie et colopathie fonctionnelle : ce que disent les études

Par Karim Mechter, ostéopathe D.O.Mis à jour le Lecture : 7 min5,0 sur Google

En bref

  • Entre 2007 et 2013, trois petits essais ont rapporté des résultats favorables à l’ostéopathie dans l’intestin irritable, surtout à court terme.
  • En 2014, une revue systématique relevait des effets favorables, dans des essais peu nombreux, petits et hétérogènes, et demandait des études plus rigoureuses.
  • Une thérapie manuelle se teste mal : le praticien sait ce qu’il fait, et le geste de comparaison apporte lui aussi un contact, du temps et de l’attention.
  • Des travaux plus récents sont plus contrastés ; l’ostéopathie reste un complément possible, tourné vers le confort, les tensions et les douleurs associées.

Les études consacrées à l’ostéopathie dans la colopathie fonctionnelle, ou syndrome de l’intestin irritable (SII), restent peu nombreuses et portent sur de petits groupes de patients. Les premières, publiées entre 2007 et 2013, sont encourageantes, surtout à court terme ; une revue de 2014 réclamait toutefois des essais plus rigoureux. Des travaux plus récents se montrent plus contrastés : la recherche doit se poursuivre. En l’état, l’ostéopathie peut trouver sa place à côté des autres approches du SII, pour le confort et les douleurs associées, sans promesse de résultat.

Essai tiré au sort, groupe témoin : les mots pour lire une étude

  • Essai tiré au sort (ou « randomisé ») : le hasard, et non le chercheur, décide qui reçoit quoi. Les groupes se ressemblent ainsi au départ ; un écart net à l’arrivée peut être attribué à ce qui les distingue.
  • Groupe témoin : le groupe de comparaison. Il reçoit les soins habituels, ou un geste qui imite la séance sans ses techniques : la manipulation simulée, équivalent du « placebo » des médicaments. Il permet de tenir compte de ce qui joue indépendamment du soin étudié : évolution naturelle d’un SII qui fluctue, attention reçue, espoir d’un mieux.
  • Aveugle : le participant ignore dans quel groupe il se trouve, pour que ses attentes ne pèsent pas sur le résultat ; en « simple aveugle », seuls les participants l’ignorent.
  • Significatif : se dit d’une différence que le hasard seul explique mal. Sur de petits effectifs, une différence réelle peut passer inaperçue, et un écart dû au hasard paraître net.

2007-2013 : trois petits essais encourageants

En 2007, une étude pilote néerlandaise tirée au sort ouvre la série ; « pilote » désigne un premier essai, de petite taille. Ses résultats étaient favorables à l’ostéopathie, mais l’effectif était faible et aucun groupe ne recevait de manipulation simulée : difficile, dès lors, de faire la part entre l’effet des techniques et celui du cadre de soin.

En 2012, une étude pilote française a comblé ce manque : 30 patients, ostéopathie contre manipulation simulée, en simple aveugle. Au bout de sept jours, le score de sévérité (un questionnaire qui chiffre l’intensité des symptômes) avait davantage baissé avec l’ostéopathie ; à 28 jours, la différence n’était plus significative.

Un troisième essai tiré au sort, français, publié en 2013, concernait des patients au SII résistant aux traitements. Ses résultats étaient favorables à court terme, avec là encore un faible effectif.

Ces trois essais vont dans le même sens, ce qui est encourageant ; mais sur de si petits effectifs, quelques participants qui évoluent pour d’autres raisons suffisent à faire pencher la balance.

2014 : une revue systématique favorable, mais prudente

Une revue systématique rassemble les études publiées sur une question, selon une méthode fixée à l’avance, pour ne pas retenir seulement celles qui arrangent. Celle de 2014 rapportait des effets favorables, mais soulignait des essais peu nombreux, petits et hétérogènes, c’est-à-dire différents par leurs patients, leurs techniques ou leurs critères, donc difficiles à comparer. Elle jugeait nécessaires des essais plus rigoureux.

Pourquoi une thérapie manuelle est difficile à évaluer

Pour un médicament, on compare un comprimé actif à un comprimé identique sans principe actif, sans que le patient ni l’équipe qui le suit sachent lequel est donné (c’est le « double aveugle »). Une thérapie manuelle se prête mal à ce schéma :

  • le praticien sait forcément s’il réalise une technique ou s’il l’imite ; au mieux, les participants et ceux qui recueillent les questionnaires ignorent qui a reçu quoi ;
  • le geste de comparaison n’est jamais neutre : même simulé, il comporte un contact des mains, du temps passé ensemble, une écoute, une attention portée au ventre ;
  • chaque praticien adapte ses gestes à la personne, ce qui complique la comparaison d’un essai à l’autre.

Il faut donc des effectifs larges, une méthode rigoureuse et un suivi de plusieurs mois pour conclure, dans un sens ou dans l’autre.

Où en est la recherche aujourd’hui

Étude Dispositif Ce qui a été observé Limites
2007, Pays-Bas Étude pilote tirée au sort, sans groupe à gestes simulés Résultats favorables Faible effectif
2012, France 30 patients, contre manipulation simulée, simple aveugle Baisse des symptômes plus marquée à 7 jours Différence non significative à 28 jours
2013, France Petit essai tiré au sort, SII résistant aux traitements Effet favorable à court terme Faible effectif
2014, revue systématique Synthèse des essais disponibles Effets favorables rapportés Essais peu nombreux, petits et hétérogènes

Pris ensemble, ces travaux sont encourageants, surtout à court terme, mais trop petits, trop brefs et trop disparates pour conclure. Les études menées depuis ont donné des résultats plus contrastés : la recherche doit continuer, avec des essais plus larges et plus longs.

Signaux d’alerte

Même avec une colopathie ancienne, l’apparition de l’un de ces signes demande un avis médical rapide :

  • une douleur abdominale violente et soudaine, surtout avec un ventre dur, de la fièvre ou un malaise : appelez le 15 ou le 112 ;
  • une perte de poids que rien n’explique ;
  • du sang dans les selles, des selles noires, ou une anémie au bilan sanguin ;
  • des troubles digestifs qui débutent ou se transforment après 50 ans ;
  • des symptômes qui vous réveillent la nuit, de la fièvre ou des vomissements répétés ;
  • une histoire familiale de cancer du côlon, de maladie cœliaque, de maladie de Crohn ou de rectocolite.

Ce que l’ostéopathie peut apporter au vu de ces données

Ces études ne permettent pas encore de conclure, ni de promettre un effet sur le transit, le microbiote ou l’évolution du SII ; ces promesses, souvent entendues, sont examinées dans ostéopathie viscérale : 8 idées reçues démêlées.

Une séance vise d’abord le confort : paroi abdominale que l’on contracte pour se protéger de la douleur, diaphragme et cage thoracique raides, tensions du bassin, lombalgie liée à la colopathie. Sur ces plaintes musculaires et articulaires, distinctes des symptômes digestifs mesurés dans les essais, des patients décrivent un mieux-être qui a sa valeur, sans constituer une promesse.

La base de la prise en charge du SII associe, selon les cas, une diététique encadrée, parfois un régime pauvre en FODMAP, l’activité physique, des thérapies psychologiques comme l’hypnose ciblée sur l’intestin, et des médicaments ; voir comment combiner ces approches. L’ostéopathie peut y trouver une place complémentaire, consacrée au confort, aux tensions et aux douleurs associées, sans jamais se substituer à ces approches.

Au cabinet, à Toulon – La Garde

Avant une première séance, je résume ce que montrent ces études, atouts et limites compris : vous décidez en connaissance de cause. Sept années d’enseignement à l’École Supérieure d’Ostéopathie (ESO Paris), où j’ai aussi dirigé des mémoires, m’ont appris à lire un essai de près avant d’en parler. Je fixe ensuite avec vous un objectif qui relève de mon champ : souplesse de la paroi abdominale, respiration, douleur lombaire ou pelvienne associée. J’examine le diaphragme, la paroi, le bassin et la colonne lombaire, que je travaille par des gestes doux, exclusivement manuels et externes. Je vous propose un point d’étape après deux ou trois séances : si rien n’a changé, poursuivre n’aurait pas de sens. D’ici là, je vous conseille de noter chaque semaine où en est cet objectif. Le cadre de ce travail est décrit sur la page consacrée à l’accompagnement de la colopathie fonctionnelle.

Questions fréquentes

L’ostéopathie viscérale peut-elle aider en cas de colopathie fonctionnelle ?

Les études disponibles ne permettent pas encore de l’affirmer : les petits essais publiés entre 2007 et 2013 sont encourageants à court terme, mais des travaux plus récents sont plus contrastés. L’ostéopathie peut trouver une place de complément, centrée sur le confort, sans remplacer ni le diagnostic ni les traitements.

Je me sens mieux après une séance : comment l’expliquer ?

Votre mieux-être est réel, et il compte. Le travail sur les tensions de la paroi et du diaphragme, le temps d’écoute et l’évolution naturelle de symptômes qui fluctuent peuvent y contribuer, sans que les études permettent encore de faire la part de chacun. Ce ressenti ne vaut pas promesse et ne doit pas faire délaisser un traitement en cours.

Pourquoi ces études ne suffisent-elles pas à conclure ?

Parce qu’elles sont peu nombreuses, portent sur de petits groupes, mesurent surtout l’effet à court terme et diffèrent par leurs méthodes. Une thérapie manuelle se prête en outre mal à l’essai en aveugle : seuls des travaux plus larges et plus longs pourront trancher.

Ces résultats valent-ils pour ma propre colopathie ?

Pas forcément. Une étude décrit ce qui se passe en moyenne dans un groupe ; elle ne prédit pas la réponse d’une personne donnée, et ses participants ne vous ressemblent pas toujours : l’un des essais ne portait que sur des formes résistantes aux traitements. L’ostéopathie ne doit jamais retarder un examen ni remplacer un traitement ; pour mieux situer votre propre trouble, voyez comprendre la colopathie fonctionnelle.

Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.

Sources

  1. Hundscheid HW, Pepels MJ, Engels LG, Loffeld RJ. Treatment of irritable bowel syndrome with osteopathy: results of a randomized controlled pilot study. J Gastroenterol Hepatol. 2007;22(9):1394-1398.
  2. Florance BM, Frin G, Dainese R, et al. Osteopathy improves the severity of irritable bowel syndrome: a pilot randomized sham-controlled study. Eur J Gastroenterol Hepatol. 2012;24(8):944-949. Consulter
  3. Attali TV, Bouchoucha M, Benamouzig R. Treatment of refractory irritable bowel syndrome with visceral osteopathy: short-term and long-term results of a randomized trial. J Dig Dis. 2013;14(12):654-661.
  4. Müller A, Franke H, Resch KL, Fryer G. Effectiveness of osteopathic manipulative therapy for managing symptoms of irritable bowel syndrome: a systematic review. J Am Osteopath Assoc. 2014;114(6):470-479. Consulter
  5. Ford AC, Sperber AD, Corsetti M, Camilleri M. Irritable bowel syndrome. Lancet. 2020;396(10263):1675-1688.

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