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Karim MechterOstéopathe D.O. à La Garde – Toulon
Grossesse et post-partum

Mal de dos pendant la grossesse : comprendre d'où il vient et le soulager

Par Karim Mechter, ostéopathe D.O.Mis à jour le Lecture : 6 min5,0 sur Google

En bref

  • Le mal de dos de grossesse vient surtout d'adaptations mécaniques : ventre en avant, abdominaux étirés, ligaments assouplis, muscles du dos plus sollicités.
  • Bas du dos, arrière du bassin ou haut du dos : situer la douleur aide à la comprendre et à choisir les bons gestes.
  • Bouger chaque jour, varier les positions, porter près du corps et dormir sur le côté avec des coussins soulagent beaucoup de femmes.
  • Douleur par vagues avec ventre dur, saignement, perte de liquide, fièvre, brûlures urinaires, faiblesse d'une jambe : consulter sans attendre.

Le mal de dos pendant la grossesse est très fréquent et le plus souvent bénin : il traduit l’adaptation du corps à un ventre qui grossit, à des abdominaux qui s’étirent et à des ligaments qui s’assouplissent. Il se soulage d’abord par une activité adaptée, des positions variées et un sommeil bien installé. L’ostéopathie peut contribuer à soulager les tensions du dos et du bassin ; les études, encore peu nombreuses, sont plutôt encourageantes. Une douleur accompagnée de contractions, de fièvre, d’un saignement ou d’une faiblesse dans une jambe doit en revanche être examinée rapidement.

Bas du dos, bassin ou haut du dos : situer la douleur

« Mal de dos » recouvre plusieurs douleurs distinctes.

  • La lombalgie se situe au-dessus du bassin, de part et d’autre des vertèbres lombaires. Elle met en jeu les muscles qui longent la colonne et les petites articulations à l’arrière des vertèbres ; elle augmente après une longue station debout ou assise et se calme en changeant de position.
  • La douleur de la ceinture pelvienne postérieure se situe plus bas, sur les fossettes au-dessus des fesses ou au creux de la fesse, en regard des articulations sacro-iliaques (qui unissent le sacrum aux os du bassin). Elle peut irradier à l’arrière de la cuisse, le plus souvent sans dépasser le genou, et se réveille à la marche, dans les escaliers ou en se retournant dans le lit. Quand le pubis est aussi douloureux, l’article consacré à la symphyse pubienne et à la ceinture pelvienne prend le relais.
  • La douleur du haut du dos, entre les omoplates, apparaît plutôt en fin de grossesse : la poitrine s’alourdit, les épaules s’enroulent et les côtes s’écartent.

Une douleur qui descend sous le genou jusqu’au pied, avec des fourmillements, évoque plutôt une sciatique, c’est-à-dire l’irritation d’une racine nerveuse. Plus rarement, un organe comme le rein peut donner une douleur projetée dans le dos : elle ne varie pas avec les mouvements et peut réveiller la nuit.

Pourquoi la grossesse sollicite autant la colonne

Le poids de l’utérus, du bébé et du liquide amniotique se concentre en avant. Pour garder l’équilibre, le corps recule les épaules et modifie la courbure du bas du dos : les muscles du dos travaillent davantage.

Les abdominaux, eux, s’étirent. Les deux grands droits, qui descendent des côtes au pubis, s’écartent souvent en fin de grossesse : c’est le diastasis des grands droits. Le muscle transverse, le plus profond, agit comme une gaine : en se contractant, il tend le fascia thoraco-lombaire, une large nappe fibreuse du bas du dos, comme on serre le laçage d’un corset. Étiré, il soutiendrait moins bien la colonne.

Les hormones de la grossesse, dont la relaxine, assouplissent aussi les ligaments du bassin, même si le lien entre leur taux et l’intensité de la douleur reste discuté.

Les gestes qui soulagent au quotidien

Votre sage-femme peut adapter ces conseils à votre grossesse.

  • Bouger chaque jour : marche, natation ou aquagym prénatale ; évitez les sports avec risque de chute ou de choc.
  • Varier les positions : au travail, levez-vous régulièrement ; assise, calez un petit coussin au creux des reins ; debout, posez un pied sur une petite marche, en alternant.
  • Porter près du corps : pliez les genoux plutôt que le dos et évitez de tourner le buste en portant ; pour câliner un aîné, asseyez-vous plutôt que de le porter.
  • Dormir sur le côté, un coussin entre les genoux et un autre sous le ventre. Pour sortir du lit, tournez-vous d’abord sur le côté, puis redressez-vous en poussant sur les bras.
  • Essayer la chaleur douce : une bouillotte tiède quelques minutes sur le bas du dos, jamais sur le ventre.
  • Ne prendre aucun médicament, ni appliquer aucune crème, sans l’avis de votre sage-femme ou de votre pharmacien : même un produit en vente libre peut être déconseillé.

Si la douleur limite vos activités, un kinésithérapeute peut vous proposer des exercices adaptés, et une ceinture de soutien du bassin soulage certaines femmes.

Signaux d’alerte : quand le mal de dos sort de l’ordinaire

Un mal de dos de grossesse banal varie avec les positions et l’effort ; les signes suivants demandent en revanche un avis médical rapide :

  • douleur du bas du dos qui revient par vagues régulières avec un ventre qui durcit avant le terme (possibles contractions), saignement ou perte de liquide : rendez-vous directement à la maternité ;
  • douleur vive sous les côtes à droite ou au creux de l’estomac, mal de tête intense, vue troublée, mains ou visage qui enflent brusquement : rendez-vous directement à la maternité ;
  • bébé qui bouge moins, douleur abdominale intense, chute ou choc sur le ventre : rendez-vous directement à la maternité ;
  • perte de sensibilité entre les cuisses ou autour de l’anus, rétention d’urine, perte soudaine du contrôle de la vessie ou des selles, faiblesse d’une jambe : un seul de ces signes, même discret, justifie un appel au 15 ou au 112 ;
  • essoufflement avec une douleur soudaine entre les omoplates ou dans la poitrine : appelez le 15 ou le 112 ;
  • fièvre, ou douleur d’un côté, dans le flanc, avec frissons ou brûlures en urinant : rendez-vous directement à la maternité, car une infection du rein (pyélonéphrite) est une urgence pendant la grossesse.

Ce que l’ostéopathie peut apporter, et ses limites

Un essai publié en 2010 a suivi des femmes au troisième trimestre : la fonction du dos (la capacité à accomplir les gestes du quotidien) s’est moins dégradée avec ostéopathie et soins habituels qu’avec les soins habituels seuls.

Une méta-analyse de 2017, qui rassemble les essais disponibles, va plutôt dans le sens de l’ostéopathie : moins de douleur et une meilleure fonction chez la femme enceinte lombalgique, avec un niveau de preuve modéré. Ces essais restent peu nombreux, et leurs résultats devront être confirmés par des travaux plus larges. Ils sont aussi difficiles à mener : on ne peut pas masquer au praticien le geste qu’il pratique, et la séance « simulée » qui sert parfois de comparaison apporte elle aussi un contact, du temps et de l’écoute.

L’ostéopathie se conçoit donc comme un appoint, centré sur les tensions et la mobilité, à côté de l’activité physique. Le mal de dos de grossesse compte parmi les troubles fonctionnels pour lesquels les médecins orientent vers l’ostéopathe. Les autres motifs de consultation figurent sur la page ostéopathe pour femme enceinte, et les précautions prises en séance pendant la grossesse dans un article dédié.

Au cabinet, à Toulon – La Garde

Pour un mal de dos de grossesse, je commence par situer la douleur, repérer les gestes qui la réveillent et ceux qui la soulagent, et écarter les signes d’alerte décrits plus haut. L’examen, sur le côté ou assise, porte sur les vertèbres lombaires et la charnière thoraco-lombaire (jonction entre vertèbres dorsales et lombaires), les muscles carrés des lombes, tendus entre la dernière côte et le bassin, et les sacro-iliaques. Je teste aussi les hanches et le psoas, muscle profond qui relie les lombaires à la cuisse, par des mouvements de la cuisse, jamais par appui sur le ventre, ainsi que les côtes basses et le diaphragme, dont les piliers s’attachent à l’avant des premières vertèbres lombaires. Le traitement associe mobilisations lentes et techniques myofasciales douces (sur les enveloppes des muscles). Je vous propose ensuite un ou deux exercices simples ; si un renforcement encadré paraît utile, j’en parle avec votre sage-femme.

Questions fréquentes

Mal de dos en début de grossesse : est-ce normal ?

Oui, il peut apparaître dès le premier trimestre, avant même que le ventre ne s’arrondisse. En revanche, une douleur du dos ou du bas-ventre associée à un saignement en début de grossesse demande d’appeler la maternité sans attendre.

Comment faire la différence entre un mal de dos et des contractions ?

Une douleur musculaire varie avec les positions. Une contraction durcit tout le ventre, revient par vagues et peut se ressentir dans le bas du dos. Si ces vagues deviennent régulières avant terme, ou dans le doute, appelez la maternité.

Le mal de dos disparaît-il après l’accouchement ?

Chez beaucoup de femmes, il s’atténue dans les mois qui suivent la naissance. S’il persiste, l’article sur l’ostéopathie en post-partum détaille ce qui peut alors être proposé.

Un ostéopathe peut-il soulager le mal de dos pendant la grossesse ?

Certaines femmes rapportent un soulagement, et une synthèse d’essais publiée en 2017 va dans ce sens, avec un niveau de preuve modéré ; ces travaux restent trop peu nombreux pour promettre un résultat. La séance complète l’activité physique et les conseils de votre sage-femme, sans les remplacer.

Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.

Sources

  1. Licciardone JC, Buchanan S, Hensel KL, et al. Osteopathic manipulative treatment of back pain and related symptoms during pregnancy: a randomized controlled trial. Am J Obstet Gynecol. 2010;202(1):43.e1-8.
  2. Franke H, Franke JD, Belz S, Fryer G. Osteopathic manipulative treatment for low back and pelvic girdle pain during and after pregnancy: a systematic review and meta-analysis. J Bodyw Mov Ther. 2017;21(4):752-762. Consulter

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