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Karim MechterOstéopathe D.O. à La Garde – Toulon
Grossesse et post-partum

Ostéopathe pour femme enceinte : quand consulter et quelles précautions

Par Karim Mechter, ostéopathe D.O.Mis à jour le Lecture : 6 min5,0 sur Google

En bref

  • L'ostéopathe peut accompagner les inconforts fonctionnels de la grossesse (dos, bassin, côtes, digestion, souffle court) par des techniques douces.
  • Précautions : questions préalables, installation sur le côté ou assise, techniques douces, aucun appui sur le ventre, aucun geste interne.
  • Saignement, perte de liquide, contractions avant terme, fièvre, maux de tête intenses, troubles visuels, gonflement brutal, bébé moins actif : maternité ou 15.
  • Études surtout sur le dos au 3e trimestre : plutôt favorables (preuve modérée), encore peu nombreuses et à confirmer par des travaux plus larges.

Une femme enceinte peut consulter un ostéopathe à tout moment d’une grossesse qui se déroule normalement, dès qu’un inconfort fonctionnel la gêne : mal de dos, douleur du bassin ou du pubis, côtes douloureuses, reflux, souffle court. La séance repose sur des techniques douces, en position confortable et sans appui sur le ventre ; elle vise à relâcher les tensions et à redonner de l’aisance aux mouvements. Un saignement, une perte de liquide, des contractions régulières ou un bébé qui bouge moins relèvent en revanche de la maternité, jamais de l’ostéopathe.

Pourquoi le corps change autant en neuf mois

L’utérus, de la taille d’une poire avant la grossesse, remonte en fin de grossesse jusque sous les côtes. Il repousse l’estomac et les intestins, et refoule vers le haut le diaphragme, le muscle de la respiration tendu sous les poumons comme une voûte.

La relaxine, une hormone de la grossesse, contribue avec les œstrogènes et la progestérone à assouplir les ligaments du bassin, notamment ceux des articulations sacro-iliaques (entre le sacrum, l’os triangulaire au bas de la colonne, et les deux os du bassin) et de la symphyse pubienne (qui réunit les deux os du pubis, en avant). La progestérone relâche aussi les muscles lisses du tube digestif, ceux qui fonctionnent sans que l’on y pense : la digestion ralentit.

Enfin, le centre de gravité avance avec le ventre, et toute la posture s’adapte. Ces changements, normaux, expliquent une bonne part des inconforts de la grossesse.

Les motifs de consultation, trimestre après trimestre

Ce calendrier reste indicatif.

  • Premier trimestre : nausées et fatigue dominent ; certaines femmes ressentent déjà des tensions du cou ou du dos.
  • Deuxième trimestre : mal de dos, premières douleurs du bassin et du pubis, douleurs des ligaments ronds. Ces deux cordons partent de chaque côté du haut de l’utérus et traversent l’aine par le canal inguinal, un étroit passage dans la paroi ; étirés, ils peuvent donner un pincement vif lors d’un mouvement brusque ou d’une toux.
  • Troisième trimestre : douleur de fesse qui descend dans la cuisse et fait penser à une sciatique, reflux, constipation et ballonnements, douleurs des côtes, souffle court, fourmillements dans les mains.

Les besoins d’après la naissance sont traités dans l’article sur l’ostéopathie en post-partum ; l’ensemble de l’accompagnement est présenté sur la page ostéopathie de la grossesse et du post-partum.

Les précautions que je prends à chaque séance

  • Des questions d’abord, sur le terme et le déroulement de la grossesse, pour repérer un éventuel signal d’alerte caché derrière la douleur.
  • Une installation sur le côté (décubitus latéral) ou assise. Après le milieu de la grossesse, rester longtemps à plat dos peut comprimer la veine cave inférieure, la grosse veine qui ramène le sang des jambes vers le cœur, et provoquer un malaise : un temps sur le dos reste bref, avec un coussin sous la hanche droite.
  • Des techniques douces, exclusivement manuelles et externes : mobilisations lentes, techniques myofasciales (sur les membranes qui enveloppent les muscles), sans manipulation rapide du bassin ni du bas du dos.
  • Aucun appui sur le ventre, aucun geste sur l’utérus, aucun examen interne : le décret qui encadre l’ostéopathie interdit les manipulations gynéco-obstétricales et les touchers pelviens.
  • Votre rythme : vous pouvez changer de position ou arrêter la séance à tout moment.

Les contre-indications : quand la séance attend

Certaines situations demandent l’accord préalable de la maternité qui suit votre grossesse : menace d’accouchement prématuré, col de l’utérus raccourci ou cerclage (un fil posé autour du col pour le maintenir fermé), placenta bas inséré (implanté près du col), saignements récents, hypertension ou pré-éclampsie (une complication qui associe une hypertension et des protéines dans les urines), grossesse de jumeaux.

Signaux d’alerte pendant la grossesse

Avant de penser à l’ostéopathe, les signes suivants demandent un avis médical rapide :

  • saignement vaginal, même peu abondant, ou perte de liquide, claire ou teintée : rendez-vous directement à la maternité ;
  • contractions régulières, c’est-à-dire un ventre qui durcit de façon rythmée, avant 37 semaines d’aménorrhée (comptées depuis le début des dernières règles), ou bébé qui bouge moins : rendez-vous directement à la maternité ;
  • douleur abdominale intense, ventre dur en permanence, choc sur le ventre ou fièvre à 38 °C ou plus : rendez-vous directement à la maternité ;
  • maux de tête intenses et inhabituels, troubles de la vue (points lumineux, vision floue), douleur en barre au creux de l’estomac ou sous les côtes à droite, gonflement brutal du visage ou des mains : rendez-vous directement à la maternité ;
  • douleur dans la poitrine ou souffle qui manque d’un coup : appelez le 15 ou le 112 ;
  • brûlures en urinant, ou mollet gonflé et douloureux d’un seul côté (possible phlébite, un caillot dans une veine).

Ce que l’ostéopathie peut apporter, et ses limites

Les études portent surtout sur le mal de dos du troisième trimestre. En 2017, une méta-analyse, qui regroupe statistiquement les résultats de plusieurs essais, a rapporté chez des femmes enceintes souffrant du bas du dos des résultats favorables à l’ostéopathie sur la douleur et sur les gestes du quotidien, avec un niveau de preuve modéré.

Un essai plus ancien, publié en 2010, observait déjà qu’au troisième trimestre la capacité à accomplir les gestes du quotidien déclinait moins chez les femmes qui recevaient de l’ostéopathie en plus de leurs soins habituels. Ces résultats invitent à poursuivre les recherches : les essais restent peu nombreux, et des travaux plus larges devront les confirmer.

L’ostéopathie peut contribuer au confort du dos, du bassin, des côtes et de la respiration. Elle ne traite aucune complication de la grossesse, ne remplace pas la préparation à la naissance avec la sage-femme et ne permet aucune promesse sur l’accouchement, comme l’explique l’article préparer son corps à l’accouchement.

Au cabinet, à Toulon – La Garde

Pendant la grossesse, je fais d’abord préciser la gêne : où elle se situe, depuis quand, ce qui la déclenche et ce qui la calme. J’examine ensuite le bassin (sacro-iliaques, symphyse pubienne, coccyx par l’extérieur), la colonne, les côtes basses et le diaphragme, la jonction entre le cou et le dos, et les hanches. Ma pratique auprès des femmes enceintes s’appuie notamment sur le symposium périnatalité de l’École Supérieure d’Ostéopathie, suivi en 2020. Je vous montre aussi un ou deux gestes adaptés, comme vous tourner dans le lit genoux serrés ou respirer en ouvrant les côtes basses. Si la gêne persiste après une ou deux séances, je n’insiste pas et vous invite à en reparler avec votre sage-femme.

Questions fréquentes

Dans quels cas consulter un ostéopathe pendant la grossesse ?

Quand une gêne liée aux adaptations du corps s’installe : mal de dos, bassin ou pubis douloureux, côtes sensibles, souffle court, reflux. Ce sont des troubles fonctionnels, sans lésion ni complication de la grossesse, et c’est pour eux que sages-femmes et médecins orientent vers un ostéopathe. Une douleur inhabituelle, ou accompagnée d’un signal d’alerte, se signale d’abord à la maternité.

Peut-on consulter un ostéopathe au premier trimestre de grossesse ?

Oui, aucun terme minimal n’est imposé, et la séance est alors particulièrement douce. En revanche, une douleur du bas-ventre ou un saignement en début de grossesse se signalent sans tarder à la maternité, car ils peuvent révéler une complication comme une grossesse extra-utérine, implantée hors de l’utérus.

Peut-on voir un ostéopathe à 8 ou 9 mois de grossesse ?

Oui, si la grossesse se déroule normalement et qu’aucun signal d’alerte n’est présent. La séance se fait sur le côté ou assise et vise le confort du dos, du bassin et des côtes, sans aucun geste destiné à déclencher l’accouchement ou à modifier la position du bébé.

L’ostéopathie présente-t-elle un risque pour le bébé ?

Les gestes sont lents et externes, sans aucune pression sur le ventre. Le principal risque serait de prendre un signal d’alerte pour une simple tension : dans le doute, appelez d’abord la maternité, car un appel de trop vaut mieux qu’un retard.

Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.

Sources

  1. Décret n° 2007-435 du 25 mars 2007 relatif aux actes et aux conditions d'exercice de l'ostéopathie. Consulter
  2. Licciardone JC, Buchanan S, Hensel KL, et al. Osteopathic manipulative treatment of back pain and related symptoms during pregnancy: a randomized controlled trial. Am J Obstet Gynecol. 2010;202(1):43.e1-8.
  3. Franke H, Franke JD, Belz S, Fryer G. Osteopathic manipulative treatment for low back and pelvic girdle pain during and after pregnancy: a systematic review and meta-analysis. J Bodyw Mov Ther. 2017;21(4):752-762. Consulter

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