En bref
- Le mal de dos du sportif est le plus souvent une lombalgie commune, liée à la charge ou à un geste répété : gênante, mais sans gravité.
- Chez l'adolescent sportif, une douleur réveillée en se cambrant est un signal d'alerte : une fracture de fatigue d'une vertèbre, la spondylolyse, est possible.
- Périnée ou intérieur des cuisses insensibles, difficulté soudaine à uriner, fuites inhabituelles, jambe qui faiblit : le 15, même pour un seul de ces signes.
- Rester actif et reprendre par étapes est la règle ; l'ostéopathie peut s'y ajouter, en complément d'un programme d'exercices.
Chez le sportif, le mal de dos est le plus souvent une lombalgie commune : une douleur due à une surcharge, à un geste répété ou à un changement d’entraînement, sans gravité, qui s’améliore en restant actif. Certaines causes sont plus propres au sport, comme la fracture de fatigue d’une vertèbre chez l’adolescent qui se cambre beaucoup. Une insensibilité du périnée ou de l’intérieur des cuisses, une difficulté soudaine à uriner, des fuites inhabituelles, une jambe qui faiblit ou une douleur vive de la colonne après un choc violent : chacun de ces signes impose d’appeler le 15 ou le 112.
Les causes fréquentes, selon le geste sportif
Le plus souvent, aucune lésion précise n’est retrouvée : muscles, disques et petites articulations vertébrales ont sans doute reçu trop de contraintes. Le geste sportif oriente toutefois vers des causes particulières.
- Cambrure répétée (gymnastique, danse, plongeon, service au tennis, attaque au volley, haltérophilie). Chez l’adolescent, elle peut provoquer une spondylolyse : une fracture de fatigue de l’isthme, petit pont osseux à l’arrière de la vertèbre, le plus souvent la dernière lombaire. La douleur, parfois d’un seul côté, se réveille quand on se penche en arrière ; la vertèbre peut ensuite glisser vers l’avant (spondylolisthésis).
- Flexion sous charge (aviron, cyclisme, soulevé de terre). Une hernie discale peut irriter une racine nerveuse : c’est la sciatique, douleur qui descend sous le genou, parfois avec des fourmillements.
- Rotations (golf, tennis, lancers). Une hanche raide peut reporter l’effort sur le bas du dos.
- Impacts répétés (course d’endurance). Chez le sportif qui mange trop peu pour sa charge, ou la sportive dont les règles s’espacent ou s’arrêtent, une douleur du bas du dos ou de la fesse aggravée à l’appui peut révéler une fracture de fatigue du sacrum.
Plus rarement, un organe est en cause (rein, côlon, organes du bassin) : la douleur varie alors peu avec les mouvements et s’accompagne souvent d’autres signes (voir la douleur lombaire projetée par le rein ou le côlon).
Rester actif : ce que préconisent les recommandations
Les recommandations françaises de 2019 sur la lombalgie commune sont nettes : le mouvement et l’activité physique sont au cœur de la prise en charge, et le repos au lit est déconseillé. Rester actif ne veut pas dire continuer comme avant : on réduit volume et intensité, on écarte quelques jours le geste qui déclenche la douleur, on garde une activité tolérée (marche rapide, vélo, natation). Une douleur modérée pendant l’effort ne signifie pas que le dos s’abîme ; son évolution d’un jour à l’autre renseigne davantage.
Ces recommandations déconseillent aussi l’imagerie systématique sans signe d’alerte. Une IRM montre souvent des disques bombés ou vieillis, y compris chez des sportifs sans douleur : ces images n’expliquent pas forcément le mal et peuvent inquiéter à tort.
Reprendre son sport par étapes
La reprise suit la douleur et la fonction plutôt qu’une date :
- marcher dès que possible et garder une activité d’endurance qui ne réveille pas la douleur ;
- renforcer progressivement le tronc, les fessiers et les hanches, avec un kinésithérapeute si la douleur dure ou revient ;
- réintroduire le geste en cause, d’abord doucement, puis en volume ;
- revoir avec l’entraîneur la technique et la progression de la charge, dont les excès favorisent les récidives.
Après une spondylolyse ou une fracture de fatigue, la reprise attend la consolidation de l’os ; après une sciatique avec perte de force, elle attend le retour de cette force, et les étapes sont alors plus longues. Voir aussi la prévention des blessures et la récupération.
Signaux d’alerte d’un dos de sportif
Un mal de dos réclame un avis médical rapide dans les situations suivantes :
- engourdissement ou insensibilité de l’entrejambe (le périnée), du pourtour de l’anus ou de la face interne des cuisses (anesthésie « en selle »), difficulté à uriner apparue brusquement ou impossibilité d’uriner, urines ou selles qui s’échappent de façon inhabituelle, jambe qui faiblit d’un côté ou des deux : chacun de ces signes, même isolé, peut révéler une compression de la queue de cheval, le bouquet de racines nerveuses logé dans le bas du canal vertébral, et suffit pour appeler le 15 ou le 112 ;
- après un choc violent (chute de cheval ou de vélo, plaquage, mauvaise réception), douleur vive de la colonne, fourmillements ou faiblesse des membres : ne bougez pas la personne et appelez le 15 ou le 112 ;
- douleur brutale et intense entre les omoplates ou dans la poitrine, a fortiori avec souffle court, sueurs ou malaise : appelez le 15 ou le 112 ;
- mal de dos avec fièvre ou frissons, ou douleur d’un flanc avec brûlures urinaires ;
- douleur qui réveille la nuit ou persiste au repos, sciatique avec engourdissement, début après 50 ans, amaigrissement, antécédent de cancer ou traitement qui affaiblit les défenses immunitaires ;
- chez l’adolescent sportif, douleur du bas du dos durable ou répétée, en particulier en se cambrant.
Ce que l’ostéopathie peut apporter à un dos de sportif, et ses limites
Les recommandations de 2019 n’admettent pas les techniques manuelles seules, mais permettent de les envisager en complément d’un programme d’exercices : c’est la place de l’ostéopathie dans la lombalgie commune. Une méta-analyse de 2014 (synthèse de 15 essais où le traitement était tiré au sort) a conclu, avec un niveau de confiance modéré, que la douleur baissait et que la fonction s’améliorait de façon cliniquement pertinente à trois mois. Ses auteurs réclamaient des essais plus larges et plus rigoureux, et ces travaux ne portaient pas sur des sportifs en particulier.
Concrètement, elle peut viser la mobilité de la colonne, des hanches et du bassin, les tensions musculaires et la respiration. Elle ne traite ni spondylolyse, ni fracture, ni hernie discale : dans ces cas, la zone n’est pas manipulée, et une éventuelle séance reste douce et à distance. Pour le cou, une manipulation cervicale n’est permise qu’après un diagnostic médical attestant l’absence de contre-indication, comme le prévoit le décret de 2007. Quand le dos varie avec la digestion, le transit ou les règles, je regarde aussi le ventre (voir le mal de dos d’origine viscérale) ; le cadre de mon travail figure sur la page ostéopathie du sport.
Au cabinet, à Toulon – La Garde
Je vous demande de me montrer le geste qui fait mal : se cambrer au service, se pencher sur le vélo, tourner le buste au golf, soulever une barre. Je reprends vos dernières semaines d’entraînement, vos compétitions et votre sommeil, puis les signaux d’alerte, y compris urinaires et digestifs. J’examine la colonne en flexion, en extension et en rotation, la charnière entre vertèbres dorsales et lombaires, les sacro-iliaques (les articulations du bassin) et les hanches, en comparant les deux côtés, ainsi que la force et la sensibilité des jambes. Si un adolescent a mal en se cambrant en appui sur une seule jambe (un test classique), je n’insiste pas : c’est un signal d’alerte, et je ne travaille pas la zone tant qu’une spondylolyse n’est pas écartée. Pour la reprise, je travaille avec le kinésithérapeute qui conduit le renforcement et avec l’entraîneur, qui ajuste la charge.
Questions fréquentes
Faut-il arrêter le sport quand on a mal au dos ?
Rarement complètement. Dans la lombalgie commune, on adapte le volume, l’intensité et les gestes qui réveillent la douleur, en gardant une activité tolérée. L’arrêt s’impose devant un signal d’alerte ou une fracture de fatigue.
J’ai mal au dos après la musculation : que faire ?
Une douleur apparue en soulevant une charge est le plus souvent bénigne et s’améliore en quelques jours à quelques semaines. Allégez les charges et revoyez votre technique avec un entraîneur. Une douleur qui descend dans la jambe avec engourdissement fait partie des signaux d’alerte.
Mon adolescent fait de la gymnastique et a mal au bas du dos : est-ce grave ?
Pas forcément, mais une douleur qui dure ou se réveille en se cambrant fait partie des signaux d’alerte. Chez le jeune sportif, la spondylolyse, fracture de fatigue de l’arrière d’une vertèbre, en est une cause classique ; les entraînements s’adaptent alors le temps que l’os consolide.
Le gainage protège-t-il le dos ?
Renforcer le tronc fait partie des programmes d’exercices pour le dos, mais aucun exercice ne protège à lui seul : renforcer aussi hanches et jambes, varier les mouvements et progresser régulièrement comptent aussi.
Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.
Sources
- HAS. Prise en charge du patient présentant une lombalgie commune. Recommandations de bonne pratique, mars 2019. Consulter
- Franke H, Franke JD, Fryer G. Osteopathic manipulative treatment for nonspecific low back pain: a systematic review and meta-analysis. BMC Musculoskelet Disord. 2014;15:286. Consulter
- Décret n° 2007-435 du 25 mars 2007 relatif aux actes et aux conditions d'exercice de l'ostéopathie. Consulter